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La vérité sur le disque classique

  Bertrand Dermoncourt et Fabiene Gélédan  Classica-Répertoire, avril 2005, n° 71

Et si le disque classique ne se portait pas si mal que ça ? Si « la crise », dont on nous parle un peu trop facilement, était en fait une passionnante période de mutation, artistique, technologique, économique ? En partenariat avec le mastère de l’ESCP-EAP, Classica-Répertoire vous présente une enquête aux résultats surprenants. Et si, pour une fois, on disait la vérité ?

Et si le disque classique ne se portait pas si mal que ça ? Si « la crise », dont on nous parle un peu trop facilement, était en fait une passionnante période de mutation, artistique, technologique, économique ? En partenariat avec le mastère de l’ESCP-EAP, Classica-Répertoire vous présente une enquête aux résultats surprenants. Et si, pour une fois, on disait la vérité ?

 

Le disque classique ne se vend plus : faux
On n’en finit pas de déplorer l’agonie du disque classique et d’en prophétiser la mort. Partout fleurissent les discours résignés et désabusés prédisant à la vieille Europe le même destin que le marché américain, où le classique tourne autour de 0,5 % du marché global. En France, les professionnels rêvent encore des 14,5 % atteints en 1986, alors que l’apparition du CD dopait les ventes en encourageant les mélomanes à renouveler leur fonds de discothèque. Et pourtant ! Force est de constater que depuis 1999, la part du classique s’est stabilisée autour de 5 % du chiffre d’affaires du marché pour atteindre jusqu’à 6,4 % en 2003 grâce à « l’implication d’une clientèle de passionnés » (source : Observatoire de la musique). Ces chiffres cachent certes une situation plus contrastée qu’il n’y paraît, puisqu’ils englobent le fameux cross-over, dont les disques d’André Rieu constituent l’archétype, et qui ne s’adresse pas réellement à l’acheteur traditionnel de disques classiques. Mais ils peuvent laisser espérer que la mise à mort du disque classique n’est pas pour aujourd’hui, surtout quand on sait le bouillonnement créatif qui se cache derrière une apparente atonie.

 

On publie trop de disques classiques : vrai
En un an seulement, en 2004, Classica-Répertoire a critiqué en ses pages plus de 3 000 nouvelles parutions discographiques. Quel disquaire et quel mélomane peuvent suivre une telle actualité ? Parmi ces disques, combien seront encore disponibles dans deux ans ? Et combien feront référence ? Dans les années 1990, on parlait de « surchauffe » ou d’« inflation » liée au succès du CD. Aujourd’hui que l’effet compact disc est retombé (il fut lancé en 1981), il nous reste quand même… la surproduction ! Entre-temps, le CD s’est grandement dévalorisé. La magique galette laser des débuts est devenue un support banal, utilisé à bas prix pour l’informatique et toutes sortes d’activités extra-musicales. Technologiquement, le CD est désormais un produit en fin de cycle. De fait, il est possible aujourd’hui de produire des CD pour un coût très faible.
La preuve ? Dans le seul domaine de la musique, des centaines d’éditeurs abreuvent le marché alors que, dans les années 1960, les coûts de production étaient tels que les éditeurs de disques se comptaient sur le doigt de la main… Puisque tout le monde, ou presque, peut aujourd’hui produire un disque, comment distinguer le bon grain de l’ivraie ? Où s’arrête la diversité et où commence la médiocrité ? On pourra répondre que seuls les bons disques surnageront dans cet océan sans fond, mais les seules lois du marché ne semblent plus suffire à réguler le marché du disque classique. Le téléchargement pourrait, en partie, régler la question.

 

Le disque va disparaître au profit du téléchargement : faux
Chercher sa musique sur Internet, qu’on la télécharge à partir de sites payants (type Fnacmusic  ou Apple Music Store) ou qu’on use du fameux peer-to-peer (partage en ligne des fichiers musicaux via des logiciels tels que Kazaa) semble désormais ancré dans les mœurs. À tel point qu’on nous promet pour bientôt la disparition totale du disque et l’émancipation d’une musique débarrassée de tout support. Il semble pourtant que l’acheteur de disques classiques éprouve une certaine répugnance à se laisser entraîner par ce mouvement de fond. Selon notre étude, en effet, moins d’un amateur sur cinq s’est, à ce jour, essayé à télécharger de la musique classique. Il faut dire que la faiblesse de l’offre et la médiocre qualité sonore due à la compression des données sont rédhibitoires pour nombre des personnes interrogées. Mais on a vite fait de comprendre que ces explications sont loin d’épuiser le problème. « L’amateur aime toucher l’objet et disposer des éléments de documentation qui l’accompagnent », explique Michel Bernstein, directeur du label Arcana. Il est à cet égard symptomatique que de plus en plus d’éditeurs présentent leurs disques dans des écrins toujours plus somptueux et les enrichissent de textes toujours plus soignés. Les labels Alia Vox, Alpha ou ECM offrent de beaux objets et plus seulement de la musique. « Le téléchargement nous paraît complètement antinomique avec ce que nous recherchons », déclare Sylvie Brély, directrice du label Zig-Zag Territoires, connu pour ses pochettes soignées et originales, qui y voit tout de même une « tendance très lourde » pour les années à venir, et à laquelle il convient de se préparer.
C’est tout un modèle économique qui reste à inventer. Car dans leur forme actuelle, les sites de téléchargement payants ne constituent pas un moyen de diffusion viable à long terme. Peu rentables en raison de la faiblesse des tarifs pratiqués (0,99 euro la piste et 9,99 euros l’album sur Apple Music Store), ils n’existent que pour promouvoir d’autres produits (ainsi les ordinateurs ou les baladeurs numériques) ou prendre des positions sur un marché encore balbutiant. L’avenir de la musique classique ne passe donc sans doute pas par le téléchargement tel qu’on le connaît aujourd’hui. Une formule mettant au centre l’offre de musique reste à trouver, et elle ne peut passer par Internet, gage de souplesse et d’accessibilité.

 

Internet va sauver le disque classique : vrai
« Vous écrivez ça comment ? Vous êtes sûr que ça existe ? » Perdu, le disquaire à qui vous avez réclamé un disque absent de ses bacs interroge vainement un ordinateur désespérément muet. Il est peu de scènes qui agacent autant l’acheteur de disques. Courage, votre bonheur vous attend peut-être sur Internet, surtout si, comme 35 % des amateurs de musique interrogés dans le cadre de notre étude, vous répugnez à acheter un disque dont vous n’avez pas pu écouter au moins un extrait. De plus en plus de sites de vente en ligne vous le pro­posent désormais, et accompagnent le disque d’une notice de présentation. Plus de la moitié des acheteurs de disques se servent, du reste, du Web pour obtenir des informations et près de 43 % y voient l’un des lieux d’achat du futur. Ainsi, loin de concurrencer le disque, Internet semble voué à devenir l’un de ses plus efficaces moyens de diffusion, capable de parer aux carences croissantes des magasins traditionnels, et la réponse aux préoccupations de clients soucieux d’obtenir plus d’informations sur le produit avant de l’acheter. Ce qui est possible, c’est que le disque ne soit plus, à l’avenir, le seul moyen d’écouter de la musique classique. À côté des sites de vente en ligne qui complètent et prolongent par d’autres moyens le travail des disquaires, une place demeure pour de nouveaux modèles répondant à d’autres besoins et à d’autres modes d’écoute. Il n’est pas indifférent que ce soit Jean-Marie Messier qui en ait donné dans ces mêmes colonnes l’une des visions les plus réalistes et les plus cohérentes, alors qu’il tenait encore les rênes de Vivendi Universal (Classica n° 23, juin 2000), en esquissant des formules d’abonnement que pourrait souscrire l’amateur de musique pour avoir accès à la totalité du catalogue des maisons de disques ou des radios. « Internet permet de toucher des micro-clientèles peu accessibles jusqu’alors et de leur offrir un meilleur service », poursuivait-il, prophétisant un élargissement du public de la musique classique. Au cours de notre étude, nous avons également été tentés de voir dans cette formule le moyen de contenter à moindre coût les amateurs à la recherche d’œuvres rares. De contenter aussi les 20 % de passionnés appelant de leurs vœux la réédition d’enregistrements anciens, non disponibles en CD, et d’offrir aux internautes l’accès aux décennies de musique enregistrée sommeillant pour l’heure dans les caves et les greniers des maisons de disques.
En somme, Internet serait donc à la fois le moyen de distribuer le disque de façon plus judicieuse et appropriée et de créer des modèles alternatifs adaptés aux spécificités du classique. Reste à faire œuvre de pédagogie pour que le geste de cliquer devienne aussi évident et naturel que celui d’insérer un CD dans une platine, alors même que plus d’un tiers des personnes interrogées déclare ne faire aucun lien entre leur passion pour la musique et leur pratique d’Internet.

 

Le disque classique est trop cher : vrai
Nous ne nous attendions certes pas, en réalisant notre étude, à ce que l’acheteur de disques entérine joyeusement les tarifs pratiqués par l’industrie discographique. Mais c’est la véhémence et la récurrence des réactions qui étonnent. Au fil de l’enquête s’est ainsi fait jour un véritable mouvement de fond, dont la mise en évidence constitue sans doute l’un des apports les plus importants de notre travail. Car ce sont près de 80 % des individus sondés qui déclarent trouver le disque classique trop onéreux, alors qu’une majorité fixe le juste prix entre 12 et 15 euros. On est loin des 20 à 25 euros souvent demandés pour une nouveauté. Et l’incompréhension entre les maisons de disques et leurs clients est profonde. « Je ne vois pas pourquoi des jeunes qui paient 60 euros une paire de Nike ne débourseraient pas 25 euros pour un disque », plaide Sylvie Brély du label Zig-Zag Territoires.
À vrai dire, le fond du problème est qu’on a ici à faire à deux logiques qui ne se rencontrent guère. Les maisons de disques obéissent à des impératifs commerciaux qui veulent qu’une nouveauté, encore à rentabiliser, soit plus onéreuse qu’une réédition de fonds de catalogue déjà longuement exploité. Rien n’est plus étranger à l’amateur, qui cherche avant tout un bon disque, et pour lequel la notion de fonds de catalogue ne veut pas dire grand-chose. Pourquoi payer plus cher la dernière version de la Neuvième de Beethoven, dirigée par un jeune chef encore inconnu alors que plusieurs interprétations éprouvées proposées à prix économique aguichent le chaland sur les présentoirs ? D’autant qu’en l’absence de perception claire du rapport entre le prix d’un disque et son coût de revient pour l’éditeur, l’acheteur a vite fait de dénoncer les marges indécentes que s’octroient les professionnels et d’incriminer (a-t-il toujours tort ?) l’anarchie de leur politique de prix.
Comment expliquer qu’un récital de piano ou qu’un enregistrement de musique de chambre soit parfois plus cher à produire qu’un opéra ou une symphonie, parfois déjà rentabilisé par des aides publiques et privées ? Et comment dire que le prix du disque soit aussi l’inévitable rançon d’une démarche artistique inventive et passionnée ? « Nous faisons rentrer l’auditeur dans un univers, nous lui donnons les clefs pour comprendre la musique », plaide Sylvie Brély. Jean-Paul Combet, patron du label Alpha, préfère prendre le problème sous un angle plus large et annonce dans un « Manifeste pour un prix européen du disque classique » que son label pratiquera dès avril 2005 « une politique de prix adaptée à l’ensemble de la zone euro, dans laquelle un prix de marché semble se dessiner à moins de 20 euros ».
Reste à voir si cette initiative est vouée à demeurer un coup d’éclat isolé. Mais il est certain que la mise en œuvre d’une politique de prix plus cohérente et plus lisible est une urgence.

 

Il faut créer de nouveaux disquaires : vrai
Vous n’arrivez pas à trouver le disque de vos rêves près de chez vous ? Vous n’êtes pas le seul ! Dans son rapport intitulé « Vingt préconisations pour la survie des disques classiques », remis au ministère de la Culture, Louis Bricard, l’ancien président d’Auvidis, constatait « d’énormes inquiétudes sur le réseau de vente en France ». En vingt-cinq ans, le nombre de disquaires indépendants est passé d’environ 3 000 à une centaine. Face à la disparition des disquaires indépendants et à « la réduction des linéaires consacrés à la musique classique », Louis Bricard préconise de « sauver les disquaires existants et de favoriser la reconstitution d’un réseau de proximité ». Une loi sur le modèle de la loi Lang, qui a sauvé le réseau des librairies en imposant le prix unique du livre, est impensable aujourd’hui : il n’y a (quasiment) plus de disquaires à sauver. Aider de nouvelles implantations ? Qui dit que les nouveaux disquaires parviendront, comme par miracle, à vendre des disques classiques ? Harmonia Mundi  a néanmoins réussi à implanter une cinquantaine de disquaires en quelques années, mais ce modèle n’est pas duplicable, car sa réussite est fondée sur la spécificité de la firme d’Arles, également producteur et distributeur de disques. Qui d’autre peut ainsi cumuler trois marges en vendant des disques ? Créer des disquaires, oui, mais dans quelles conditions ?

 

Il faut aider les éditeurs de disques classiques : vrai
L’usage confond généralement éditeur et producteur de disques. Il faut dire que traditionnellement, la production – l’acte de financer un projet discographique – et l’édition, qui suppose une vision cohérente, porteuse d’un projet né de la discussion et du débat avec l’artiste, sont unies dans un même geste. On assiste aujourd’hui à une séparation croissante des deux fonctions, et de plus en plus de projets arrivent tout prêts sur la table d’un éditeur qui a de moins en moins part à la démarche artistique et devient simple commercial. Pourquoi, alors, aider ceux qui cherchent encore à travailler selon une vraie logique éditoriale ? Sans doute parce que, comme le rappelle Sylvie Brély, l’éditeur est celui « qui prend tous les risques et a la plus petite marge », donc le maillon le plus fragile de la chaîne. Si aides il doit y avoir, c’est donc sans doute à lui qu’elles doivent aller en priorité. C’est parfois le cas. Si on retourne par exemple le disque consacré par Le Poème Harmonique de Vincent Dumestre à Delalande (Alpha), on découvre les macarons du Centre de musique baroque de Versailles, du Mécénat musical de la Société générale et du conseil général des Yvelines… Bien d’autres acteurs, tant privés que publics, distribuent des aides. Citons pêle-mêle le ministère de la Culture, les conseils régionaux, la fondation France Télécom
Nombreux sont pourtant les éditeurs qui ne profitent pas de la manne. Michel Bernstein déclare n’avoir jamais rien reçu pour son label Arcana et a dû trouver un accord de coproduction avec la radio allemande WDR qui permet un partage des coûts de production entre les deux partenaires. De fait, une grande part des aides publiques va, pour l’heure, au spectacle vivant. Et beaucoup reste sans doute à faire en œ qui concerne le disque.

Le DVD musical va sauver le disque… : faux
La musique réincarnée par la grâce et la magie du DVD, le tout avec un son numérique qui relègue les bonnes vieilles VHS au rang d’inénarrables antiquités. De quoi faire rêver ! D’autant que le nombre de références disponibles a presque triplé entre 2001 et 2003. Ce sont 542 DVD qui ont gagné les bacs des disquaires cette année-là. Est-ce à dire que le DVD va dans un avenir proche se substituer totalement au CD ? Rien n’est moins sûr. Seuls 41 000 DVD classiques ont été vendus en 2003, une goutte d’eau comparée aux 5 millions de CD écoulés. Il faut préciser qu’écouter un disque n’exige pas nécessairement la même implication, la même sollicitation des sens que le visionnage d’un DVD. Pour Alain Lanceron (EMI), « beaucoup de gens veulent pouvoir fantasmer à leur gré. Le DVD impose une image particulière ». Michel Bernstein pense que le DVD « peut se substituer à une partie du disque, à l’opéra », auquel il rend une dimension que le disque demeurait impuissant à restituer. « Le DVD a un impact pour l’opéra, le ballet et les enregistrements historiques », renchérit Alain Lanceron. Il est vrai que la vision d’un claveciniste égrenant son intégrale du Clavier bien tempéré dans une salle mal éclairée n’a rien de fascinant. Mais retrouver la souveraine maîtrise de Carlos Kleiber en répétition peut se révéler sans prix.
Si le DVD correspond à un autre mode d’écoute de la musique, sa production relève aussi d’un tout autre modèle économique que celle du CD. Il permet une multiplication des accords de coproduction avec les salles de concert, et donc des sources de financement. En revanche, il impose aux maisons de disques d’accepter des projets déjà montés par les salles de concert, sans pou­voir participer au travail éditorial. Mais il est désormais clair qu’il se pose en complément plu­tôt qu’en rival du disque et qu’il ne représente pas l’avenir à lui seul. D’autant que si les ventes de DVD ont décollé ces dernières années, elles se révèlent, pour Alain Lanceron, « insuffisantes pour justifier d’investir en masse sur le DVD », même s’il reconnaît « qu’on peut faire le choix de parier sur l’avenir ». Le tout DVD, ça n’est donc sûrement pas pour demain…

 

… et le SACD aussi : faux
Le SACD (Super Audio CD) présente un progrès sonore par rapport au CD, mais nécessite un nouvel équipement. Va-t-il s’imposer à l’avenir ? Des labels comme Praga ou Lyrinx ont misé dessus depuis quelques années, « en revoyant tout le processus d’enregistrement ». D’autres, à l’instar de Chandos, restent sceptiques face à un support qui ne touche pas, pour l’instant, le monde des musiques de variétés (et donc, le grand public). « Il faudra attendre encore une bonne année pour savoir si le SACD va s’imposer sur le marché classique », nous a confié Brian Couzens, le directeur du label anglais. D’ici là, il va continuer à produire quelques SACD hybrides, pouvant être lus sur toutes sortes de lecteurs, dont les lecteurs CD. Au mieux, le SACD ne sauvera pas le disque, mais accompagnera son développement, et offrira une nouvelle vie à des enregistrements anciens, remastérisés pour s’adapter à ce standard. Jordi Savall et son label Alia Vox y croient dur comme fer.

 

Le répertoire du disque classique ne se renouvelle pas : faux
Un lieu commun tenace voudrait que l’industrie du disque classique se complaise dans le sempiternel ressassement d’un répertoire délimité et figé. « Ça n’est pas vrai ! réagit Michel Bernstein. Quand j’ai commencé, on trouvait l’intégrale des symphonies de Beethoven, mais pas toutes celles de Mozart. » Certes on s’interroge parfois sur la nécessité de graver une énième Marche turque dans un marché déjà trop encombré pour que l’usager s’y retrouve. Mais souvenons-nous que la profusion d’enregistrements est toute récente et fut autorisée par l’irruption du CD. N’oublions pas non plus l’importance que revêt, dans le répertoire classique, la notion d’interprétation. Les résultats de l’étude ont d’ailleurs mis en évidence que le premier souhait des acheteurs de disques est d’avoir le choix, en magasin, entre plusieurs versions de la même œuvre, qu’ils soient à la recherche d’une interprétation de référence ou de la vision d’un artiste. Cela est particulièrement palpable en ce qui concerne les mu­siques des périodes classiques et romantiques, plébiscitées par neuf amateurs de musique sur dix.
Mais c’est dans les musiques anciennes et baroques que se sont faites, grâce au disque, les plus grandes redécouvertes. On pense bien sûr au succès public de Tous les matins du monde d’Alain Corneau, mais aussi à la politique éditoriale de labels qui bâtirent leur succès sur la remise au jour de compositeurs jusqu’alors demeurés dans les limbes tels Marin Marais (Astrée, Alia Vox, Naxos…) et bien d’autres. L’ampleur que prend ce mouvement déborde désormais la période baroque et s’étend aux autres répertoires. Le grand public suit, comme le prouve l’engouement rencontré par l’enregistrement consacré par Cecilia Bartoli à des airs inédits de Vivaldi (Decca), ou encore par son Salieri Album, qui a caracolé plusieurs mois en tête des ventes et fini dans le Top 3 classique en 2003 (juste derrière deux disques d’André Rieu…). Et à en croire Alain Lanceron, ce mouvement de redécouverte est loin de s’essouffler. « Beaucoup d’opéras baroques sont encore inédits au disque. » On redécouvre ainsi un à un les opéras de Vivaldi : une série entière chez Naïve, Farnace avec Jordi Savall (Alia Vox), Bajazet chez Virgin tout récemment… Bref, et il suffit de feuilleter les pages « disques » des magazines spécialisés pour s’en convaincre, le paysage discographique est plus animé, vivant, complexe que jamais. « Le marché, en France est très qualitatif et centré sur de nouveaux artistes », précise Alain Lanceron qui se veut optimiste. Aux éditeurs, aux distributeurs, aux journalistes de refléter et décrypter ce foisonnement pour le rendre accessible au public.

 

La France est une exception : vrai et faux
La situation n’est pas rose en France, mais est-elle meilleure ailleurs ? Rien n’est moins sûr. La plupart des labels étrangers que nous avons pu interroger cette année au Midem (Marché international de la musique) estiment que la France possède un réseau de distribution certes perfectible, mais plutôt meilleur qu’ailleurs en Europe et, sans aucun doute, qu’aux États-Unis. La France, par contre, est montrée du doigt pour ses prix, plus élevés qu’ailleurs, on l’a dit, alors que la TVA n’y est pas forcément plus forte… La production nationale, elle, n’a pas grand-chose à envier aux pays leader, l’Angleterre et l’Allemagne, qui bénéficient plus ouvertement de la vanne ouverte par les radios d’État. Quant à ses acheteurs de disques… c’est vous, cher lecteur !

 

Nous remercions Classica-Répertoire pour son aimable autorisation. Toute reproduction à partir de ce site, autre qu’à usage strictement personnel, est interdite sans accord préalable avec la revue.

 

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