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Philippe Hersant, l'harmonie avant tout

  Pierre Rigaudière (p.r.)  Diapason, février 2004, n° 511

Philippe Hersant [était] sous le feu des projecteurs du festival Présences. D'un catalogue riche de plus de quarante œuvres, nous [avons pu] entendre environ la moitié, à partir de la Missa brevis de 1986.

Diapason : À quoi ressemblaient vos premiers essais de composition ?
Philippe Hersant : Vers 5 ou 6 ans, j'ai écrit une sonate pour violon et piano où le violon ne jouait pas une seule note ! N'ayant aucune idée de ce que pouvait faire cet instrument, j'avais jugé plus sage de n'écrire que des pauses... Vers 18 ans, j'ai fait des tentatives sérielles tout aussi vite abandonnées. Chez Jolivet, je hurlais avec les loups : je composais des œuvres rapidement, de façon assez conceptuelle, avec des plans sur papier millimétré, sans me soucier du résultat sonore. Lorsque j'écoutais les pièces, j'étais atterré ! Je ne m'investissais pas vraiment dans ces œuvres, et ne m'y reconnaissais évidemment pas.

Diapason :
Quel type de musique composiez-vous pendant vos études d'écriture ?
Philippe Hersant : J'ai cessé d'écrire lorsque je débutais l'harmonie, faute de savoir dans quelle direction aller. Percevant que ce que j'apprenais ne serait pas décisif pour mon futur langage, je n'ai presque rien composé avant 30 ans. Hormis quelques pièces qui m'ont permis d'aller à la villa Médicis, c'est là leur seul mérite.

Diapason :
Que vous a apporté l'enseignement d'André Jolivet ?
Philippe Hersant : Une ouverture sur la musique extra-européenne, alors inconnue au Conservatoire, mais aussi la découverte de Varèse et d'Artaud, personnalités qui me passionnaient et qu'avait bien connues Jolivet. Sur le plan musical, j'ai en fait mal profité de son enseignement, car je me débattais dans des problèmes identitaires. Dans l'immédiat après-68, on me disait que mon bagage ne valait rien, qu'il fallait l'oublier. N'ayant rien à proposer à la place, et ne sachant pas comment utiliser cette « liberté », je devais d'abord faire le ménage dans ma tête.

Diapason :
Qui étaient alors vos modèles ?
Philippe Hersant : Varèse et Berio. Je me suis penché sur les œuvres sérielles, mais sans vraiment comprendre cet univers, qui était de toute façon mis en cause comme un académisme.

Diapason : Jean-Louis Florentz était votre condisciple à Rome. A-t-il eu une influence sur votre façon d'envisager la musique extra-européenne ?
Philipe Hersant : La découverte de la musique de Florentz m'a conforté dans l'idée qu'il existait une autre voie. Nous avions un langage différent, mais une certaine communauté de pensée, dans la lignée de Dutilleux. Comme lui, je suis réfractaire à toute idée de système.

Diapason : Vous mêlez références historiques et géographiques. Les placez-vous sur des plans distincts ?
Philippe Hersant : Je traite la musique extra-européenne comme celle de Marin Marais. Leur seul point commun est qu'elles m'ont ému avant de faire l'objet d'une certaine fixation : la Sonnerie de sainte Geneviève de Marais, les dernières pièces de Liszt, une mélodie entendue sur un disque de flûte berbère et qui resurgit inexplicablement depuis vingt ans. Ce qui m'intéresse avant tout, c'est la déformation de ces musiques par la mémoire, la façon dont on se les réapproprie.

Diapason :
Malgré quelques œuvres marquées par la monodie, dans lesquelles on décèle l'influence de Jolivet, vous vous inscrivez résolument dans une tradition harmoniste...
Philippe Hersant : Oui, c'est certain. Je pense toujours plus à l'harmonie au départ, puis la mélodie se développe... C'était tellement flagrant dans Le Château des Carpathes que, craignant de tourner en rond, j'ai commencé à écrire des pièces brèves, pour éviter l'orchestre et les nappes de cordes. C'est grâce à ce détour par la musique de chambre et les solos que j'ai pu aborder l'orchestre de façon différente.

Diapason : Qu'est-ce qui a motivé vos choix poétiques ?
Philippe Hersant : Rimbaud, c'est un amour de jeunesse. On sent son influence chez Trakl : une poésie énigmatique, pleine d'images fortes. Ce côté visionnaire de Rimbaud, on le retrouve finalement chez Heiner Müller, que j'ai découvert dans les années 1980 en travaillant avec les metteurs en scène Jean Jourdheuil et Jean-François Peyret. Hölderlin enfin, c'est un choix personnel. J'étais fasciné par l'évolution du personnage et frappé par le fait qu'il rejoignait à la fin de sa vie la simplicité du début. Je résume à ma façon ce parcours dans Lebenslauf.

Diapason : Vous avez mis en musique un psaume et composé une messe. Est-ce un acte de foi ?
Philippe Hersant : Bien qu'élevé dans le catholicisme, je ne suis pas croyant. Dans la Missa brevis, j'ai évité le Credo. Le texte de l'Agnus, qu'on soit croyant ou pas, est toujours d'une grande beauté. Ma musique religieuse est marquée, comme chez la majorité des compositeurs, par une plus grande simplicité. Les citations sont plutôt envisagées comme des icônes. C'est la mémoire collective qui est sollicitée.
 
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