La Presse a aimé : Pierre Rigaudière, Diapason, sept. 2008, n° 561
Pierre Rigaudière, Diapason, sept. 2008, n° 5615
Avec son récent Com que voz pour chanteuse de fado, baryton et ensemble, Stefano Gervasoni aura pu passer pour un chantre du cross-over. Si la rencontre avec les traditions populaires est un aspect de la démarche du compositeur qu'il ne s'agit pas de gommer, on n'en trouvera trace que de façon fugace dans le présent disque. Deux des cinq pièces de Godspell (2002) se réfèrent en effet au jazz sans pour autant altérer de façon décisive les traits saillants d'un langage typé. Le traitement musical des textes de Philip Levine se distingue par la sobriété stylistique propre à Gervasoni que ne contredit nullement fa partie vocale, partagée entre l'utilisation du Sprechgesang (premier poème) et des élans plus lyriques, que sert à merveille le timbre charpenté de la mezzo-soprano Silvana Torto.
Aux cinq poèmes d'Emily Dickinson sur lesquels repose Least Bee (2003), elliptiques et concis, répond la délicatesse d'une matière musicale exempte de surcharge. L'élégance de ces pièces qui ne disent que l'essentiel trouve un excellent relais dans la voix sobre, précise, claire et néanmoins timbrée de Barbara Zanichelli.
Une présentation chronologique du reste du programme souligne la cristallisation dans la musique instrumentale d'un langage de plus en plus personnel. Malgré des caractéristiques communes évidentes, tout un monde sépare An (1989) pour cinq instruments, ou l'influence de Lachenmann est très perceptible et l'irruption progressive de bribes schubertiennes assez peu originale, de l'univers sonore proprement inouï d'Epicadenza (2004) pour percussion, double trio et cimbalom. La, les interruptions et les béances sont encore plus accusées qu'auparavant et, n'était le processus menant à l'ascension finale, la prédilection de Gervasoni pour le registre aigu serait niée par une pâte sonore volontairement molletonnée.
Alors qu'Epicadenza tient en partie du Hörspiel, c'est Antiterra pour ensemble (1999), qui réunit de la façon la plus magistrale la transparence de la texture et le tournoiement envoûtant d'objets soumis à une subtile métamorphose. Sous la direction engagée de Yoichi Sugiyama, l'Ensemble MDI peut être ajouté a la liste de plus en plus fournie des formations capables de restituer avec pertinence un propos musical particulièrement exigeant.