Le président du Living, le réseau de la création muscicale contemporaine répond à trois questions du mensuel Diapason.
Vous dirigez à Grenoble les 38e Rugissants, qui fêtent du 14 au 29 novembre leur vingtième édition. Comment ce festival a t il accompagné l'évolution de la création musicale depuis deux décennies?
Benoît Thiebergien : Il serait prétentieux de dire que nous incarnons un renouvellement. Mais c'est vrai qu'il y a vingt ans, la musique contemporaine se nourrissait encore de l'héritage des années 1960. Il est intéressant de voir comment la dernière génération des compositeurs et des interprètes, qui n'a pas le même regard que les précédentes sur le mouvement des avant gardes, s'approprie la tradition et l'innovation pour les relégitimer dans une société qui a beaucoup changé avec la mondialisation. La couleur, aujourd'hui, des 38e Rugissants, reflète l'ouverture à la dimension transculturelle de la création. Comment les formes savantes je n'aime pas ce terme, mais appelons les ainsi, alors que cela se fait sans doute plus naturellement dans le domaine des musiques actuelles, sont elles en mesure d'ouvrir des espaces d'échanges, de rencontres, de collaborations avec des traditions non occidentales ? On relève beaucoup d'initiatives de compositeurs et d'interprètes qui viennent d'Asie ou du Moyen Orient. Ils ont une double appartenance et sont en mesure de construire des ponts entre musiques contemporaines et traditionnelles.
Vous présidez le Living, qui fédère soixante dix ensembles, festivals, producteurs, éditeurs, labels...
Quels sont ses objectifs?
B.T. : Au départ, Le Living se destinait à offrir des services aux structures de musique contemporaine. Il a évolué depuis un an environ, devenant le seul regroupement national d'entités ayant en commun de promouvoir la création. Il est apparu nécessaire de renforcer un réseau professionnel finalement peu structuré, si on le compare à ce qui existe dans le domaine des musiques du monde avec Zone Franche, ou du jazz avec l'Afijma. Le Living s'est donné la mission, avec Futurs Composés son équivalent pour l'Ile de France, de réfléchir à des actions communes. Nous devons analyser notre place dans le paysage musical et promouvoir des actions artistiques et culturelles, afin que ce que nous représentons soit mieux entendu et pris en compte.
Comment avez vous réagi aux incertitudes budgétaires qui pèsent sur vos organismes?
B.T. : Nous sommes tous très inquiets, et pas seulement dans le domaine de la création. La politique culturelle du pays est à l'aube d'un changement important par rapport aux années Lang. Il s'établit un nouveau rapport avec la puissance publique qui fait que nous avons besoin de réfléchir ensemble, de peser dans les choix politiques pour les années qui viennent. De nombreuses structures de musique contemporaine ont été fragilisées dans leur subvention d'État en 2008, et l'on ne sait pas encore ce que sera exactement le budget 2009. Le Living représente également une façon d'être plus solide et plus solidaire durant une période qui risque d'être difficile. Il y a toujours un travail de conviction à mener auprès des responsables politiques, des élus, pour faire en sorte que la création contemporaine, qui n'est peut être pas l'expression musicale la plus «tendance » aujourd'hui, puisse continuer à exister et donc à être soutenue. En France, les musiques sont un peu communautarisées (actuelles, traditionnelles, du monde, contemporaines...), alors que nous observons des transversalités passionnantes entre ces domaines, souvent portées par des artistes d'une grande exigence. Je crois que cette dynamique là, relativement naturelle auprès du public, qu'on a besoin de promouvoir mais pas de défendre auprès de lui, est en phase avec le monde d'aujourd'hui.
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