L'Association pour le jazz et la musique improvisée (AJMI) élargit son action à la production et à l'édition de disques. Deux titres — auxquels MFA apporte son soutien et Harmonia Mundi son réseau de distribution — inaugurent en octobre la création du nouveau label Amjiseries.
MFA. Qui est l'AJMI et quelle est son action ?
AJMI. L'Ajmi est une association de type "Loi 1901" fondée en Avignon en 1978 et dévouée à un travail de reconnaissance des musiques de jazz et improvisées. Son activité prend la forme d'organisation de concerts - actuellement un par semaine, d'octobre à juin -, d'actions de formation pour les musiciens et de sensibilisation pour le public.
MFA. Il est peu habituel qu'un producteur de concerts soit aussi formateur et initiateur de séances de travail comme l'est l'AJMI. Cette volonté pédagogique répond-elle à un manque dans le domaine du jazz et de la musique improvisée ?
AJMI. Les structures pour apprendre à jouer d'un instrument existent mais il s'agit pour nous de répondre à une fonction plus complémentaire d'approche plus spécifique d'un certain champ musical. Il nous paraît en effet préférable d'aborder ce champ musical en compagnie de ceux qui le pratiquent de façon professionnelle et sans préoccupation diplomante, dans le sens de la perpétuation d'une certaine tradition "orale" du jazz.
MFA. Pourquoi une structure comme l'AJMI a-t-elle besoin de créer son propre label de disques ? Quels en sont les avantages ?
AJMI. Créer un label, c'est pour l'Ajmi garder trace de l'investissement de son action en faveur des choix esthétiques qui la fondent, du début à la fin des différents processus en jeu (musicaux puis, s'ils le méritent, sous forme de l'objet "CD").
MFA. À quelle politique artistique allez-vous obéir pour votre catalogue ?
AJMI. La production de disques obéira aux mêmes critères que ceux qui déterminent nos choix de programmation : un regard actuel sur un champ d'exploration musicale allant du jazz aux musiques improvisées, dans leur complémentarité.
MFA. Vous intégrez au catalogue des Ajmiseries plusieurs disques de concerts, édités en leur temps par le label Celp. Avez-vous l'intention de privilégier l'enregistrement live ?
AJMI. L'enregistrement live ne sera pas forcément privilégié. Pour chaque projet, nous choisirons la technique d'enregistrement la plus adaptée. Le Trio Rémi Charmasson/Claude Tchamitchian/Jean-Pierre Jullian enregistre par exemple ces jours-ci au Studio La Buissonne de Pernes-les-Fontaines.
MFA. Anthony Ortega en quartet et Alex Grillo en triple trio sont les deux premières références des Ajmiseries. Ces deux artistes ont-ils une histoire particulière avec le label pour ainsi inaugurer le catalogue ?
AJMI. Effectivement, il y a généralement une histoire qui lie les musiciens enregistrés à l'Ajmi. Nous avons été à l'origine du retour en France d'Anthony Ortega, musicien de légende absent durant trente-huit années, et une amitié s'est installée entre nous. Il représente parfaitement la face "jazz" de notre action. Notre histoire avec Alex Grillo est plus récente mais elle représente une sorte de performance artistique - au plan de l'élaboration et de la conduite du projet - proche de nos envies de producteur. C'est un projet construit en commun et en interaction, passionnant à vivre, avec à l'arrivée sur le disque une musique dont les auditeurs des trois concerts n'ont qu'une préfiguration. Une aventure formidable possible uniquement grâce à l'amitié et à la confiance qui nous lient à Alex Grillo.
MFA. Quelles vont être vos prochaines parutions ?
AJMI. En 2002, nous produirons en trio Rémi Charmasson (guitares), Claude Tchamitchian (contrebasse) et Jean-Pierre Jullian (batterie, percussions) puis Boumag Trios, dans lequel Véronique Magdelenat (saxophones) et Luc Bouquet (batterie) inviteront Christine Wodrascka (piano), Rémi Charmasson et Raymond Boni (guitare), Daunik Lazro (saxophones) et Bernard Santacruz (contrebasse). Plus tard est prévu un disque avec Christine Wodrascka et Evan Parker (saxophones) en duo.
propos recueillis pour MFA par Claire Boisteau © |