Après les articles d'Alex Dutilh (Jazman, mars 2005) et Daniel Yvinec (Jazz Magazine, mai 2005), Guillaume Bregeras, dans les colonnes de Jazzman, mai 2006, nous parle de la nouvelle aventure de Philippe Ghielmetti.
Philippe Ghielmettin l'après Sketch…
Guillaume Bregeras, Jazzman, mai 2006, n° 124
Avec ses nouveaux labels Minium et Illusions, Philippe Ghielmetti entame le tome 2 des aventures d’un producteur de talent. Quels sont les projets de celui qui nous avait fait prendre le goût de l’excellence avec la marque Sketch ?
3 janvier 2005, coup de tonnerre ! Philippe Ghielmetti annonce la mise en cessation de paiement de son label Sketch. Traduction : les pertes financières sont trop lourdes et le tribunal de commerce ordonne la liquidation et la mise en vente de l’une des plus belles aventures de ce début de XXIe siècle dans l’univers de la production jazz. Un an a passé, le patron de Sketch se relève enfin et sa vision musicale peut de nouveau trouver un écho chez ceux qui se retrouvaient autour de ses choix artistiques de l’époque. L’illusion – nom de la nouvelle structure – est parfaite : graphisme des jaquettes toujours aussi soigné, même fidélité à l’ingénieur du son Gérard de Haro et à son studio La Buissonne, continuité dans le choix des artistes… C’est comme si le cauchemar de la vente de son « bébé » n’avait, en apparence, jamais existé ! À une nuance près : « Cette fois, je m’occuperai uniquement de ce que je sais faire, c’est-à-dire des disques. La gestion d’une entreprise est un travail à part entière et je ne veux plus y être impliqué », précise le producteur.
Le premier à reconnaître ses compétences et à lui offrir une seconde chance a été Olivier Lacourt, patron de Discograph. Il lui permet de travailler et d’utiliser sa structure dans le cadre d’un label qu’il vient de mettre sur pied, Minium Music, et publie ainsi l’album de Giovanni Mirabassi et de Jean-Philippe Viret comme premières références. Pour ce dernier, l’histoire reprend son cours normal puisque c’est quelques jours avant son entrée en studio en 2005 qu’il a appris la chute de Sketch et l’impossibilité de réaliser son projet. Le contrebassiste paye alors la séance et réalise une promesse faite à Philippe Ghielmetti : « Je t’embauche comme producteur délégué et ce sera le premier disque que tu sortiras quand tu auras redémarré. » Une déclaration qui ressemble à ces phrases lancées en fin de soirée dont la concrétisation reste souvent pure chimère. Et pourtant, dans cette histoire d’hommes, chacun tient sa parole et la parution de cet album s’inscrit dans l’histoire des deux nouveaux-nés, Minium Music et Illusions : une simple histoire de jazz en somme.
La légende se prolonge donc, renforcée par les différents projets qui la nourrissent, soutenue par les réseaux actifs du sérail et par la fougue du personnage qui l’incarne. Philippe Ghielmetti est de ceux qui ne transigent pas avec l’aspect humain des relations. Lucide sur son parcours chaotique de chef d’entreprise, il ne perd pas une once de passion dès qu’il évoque ses prochains enregistrements : « J’ai plein d’idées qui se bousculent et se mêlent. Aujourd’hui, je me concentre notamment sur celle des standards, le langage commun à tous les jazzmen de la planète, et je l’applique à travers les pianistes qui participent à notre prochaine série. » Une saga intitulée « Standard Visit », qui regroupe des pianistes en duo ou en solo avec pour seule exigence celle de reprendre des morceaux déjà enregistrés. « Avec Bruno Angelini, nous allons plus loin car il reprend le répertoire enregistré par Ran Blake et Jeanne Lee sur The Newest Sound Around en 1962 sur RCA. » Un album qui compte dans l’apprentissage du pianiste pour qui ce sera l’occasion « de réaliser une certaine forme de psychanalyse musicale », ajoute Philippe, un poil malicieux. « C’est son Œdipe en quelque sorte ! » Résultat final fin août pour cette cinquième référence du label Minium Music qui suivra celles de Triade, du duo Marc Copland et Bill Carrothers ainsi que du solo de René Urtreger mais qui précédera celles de Giovanni Mirabassi et de Stéphan Oliva.
Le sens du marketing parfaitement aiguisé, Philippe Ghielmetti anticipe déjà la sortie d’un coffret regroupant tous ces enregistrements ainsi qu’un inédit gravé à partir des différentes versions du titre « Lonely Woman », repris par chacun des pianistes. L’homme aux multiples facettes prévoit également de poursuivre ses autres rêves à travers sa nouvelle entité, avec, entre autres, des concerts dans des lieux inédits, distribution exclusive via Internet des enregistrements de ces mêmes concerts, etc. De quoi refermer la cicatrice de l’époque Sketch dont la seule chose qu’il regrette véritablement est la perte du nom, « une identité que j’avais créée à l’âge de 18 ans et qui me suivait dans toutes mes réalisations ». Les mois à venir ont largement de quoi le consoler.
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