La disparition annoncée en 2005 du label Sketch a attristé tous les amoureux du jazz, notamment les revues Jazzman et Jazz Magazine. Le label vit une seconde vie tandis que Philippe Ghielmetti poursuit son travail de fond pour Discograph sous le label Minium.
Sketch Lives!
Alex Dutilh, Jazzman, mars 2005, n° 111
On connaît ce graffiti, qui apparut sur les murs de New York dans les jours qui suivirent la mort de Charlie Parker, en mars 1955 : « Bird Lives ! » Intuition prophétique que sa musique continuerait à vibrer, à bouleverser, à laisser médusé, à inspirer, à terroriser, à fasciner, à impressionner, à rendre amoureux, à guérir du désespoir, à être un cri de venue au monde, à hurler que le monde va mal, à combattre la solitude… Cinquante ans après, réécouter Charlie Parker, c’est, prendre tout cela au pied de la lettre, de plein fouet. Par quelle mystérieuse alchimie sa dimension dépasse l’humaine condition ? Ose tous les débordements de la musique et de la vie pour y gagner une jeunesse non seulement éternelle mais universelle ? C’est pour approcher des réponses encore possibles que nous avons réalisé ce dossier consacré à Bird, cinquante ans après.
Au moment où nous y travaillions, nous apprenions une terrible nouvelle. Oui, terrible. La disparition d’un label indépendant français qui forçait le respect : Sketch. Une trentaine d’albums en cinq ans, produits avec un goût affirmé par Philippe Ghielmetti. Par dix fois, nous les avions salués d’un « Choc », douze autre fois d’un « Quatre étoiles ». Tout simplement parce que, à l’instar du label Owl de Jean-Jacques Pussiau un quart de siècle plus tôt, il y avait là une adéquation parfaite, une harmonie, entre le design graphique, la qualité de la prise de son et l’exigence artistique de chacun des projets, résolument inscrits dans une démarche de création. Au fil du temps, des affinités électives s’étaient fait jour, comme une famille musicale fédérée par l’enthousiasme communicatif de Philippe Ghielmetti.
Pourquoi et comment Sketch en est-il arrivé au dépôt de bilan, début février ? Parce que pour assurer cette qualité de production dans la légalité, les impératifs de gestion (la masse des investissements, des immobilisations, des stocks…) sont trop lourds. Il n’aurait pas fallu dépenser plus que les sommes qui rentraient. C’est désespérément simple, l’économie. À moins de se trouver dans un monde idéal où les banques sont là pour aider à prendre des risques sur le long terme. Parions que dans vingt ans, ce label sera devenu mythique et qu’on se l’arrachera comme témoin de son temps. Nous souhaitons plutôt que Sketch puisse retrouver très vite un repreneur (un distributeur ?) qui continue à exploiter ses trente glorieuses traces. Parce que les musiciens de Sketch, eux, continuent à vivre.
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