MFA Musique Française d'Aujourd'hui
Consulter les nouveautés du catalogue MFA Les musiciens Les labels L'écho de MFA  

Les Archives :


 Retour a la liste des archives

Retour a la liste des sujets

Lionel Belmondo, hymne à la foi

    Jazz Magazine, mars 2005, n° 557

Le saxophoniste-arrangeur-directeur musical « des » Belmondo croit au travail de groupe, à la culture, aux richesses du passé conjuguées au futur. Le succès d’Hymne au Soleil lui a donné raison : il en refera la preuve à Banlieues Bleues, avec son frère Stéphane et le géant du jazz Yusef Lateef.

Le saxophoniste-arrangeur-directeur musical « des » Belmondo croit au travail de groupe, à la culture, aux richesses du passé conjuguées au futur. Le succès d’Hymne au Soleil lui a donné raison : il en refera la preuve à Banlieues Bleues, avec son frère Stéphane et le géant du jazz Yusef Lateef.

Quand il écoute son Hymne au Soleil, album-phénomène de l’année 2003, trois Victoires du jazz en 2004, douze mille exemplaires vendus, Lionel Belmondo trouve que le « chef-d’œuvre » a pris « un sacré coup de vieux » ! Typique du garçon, pas le genre à se reposer sur ses lauriers. « Tout a vraiment évolué sur scène, dit-il. En plus des nouvelles pièces de Lili Boulanger, dans la continuité du projet, le groupe s’adapte en permanence à de nouveaux tempos, aux solos… On peut changer les rythmiques sans se parler. À la limite, on pourrait partir sur trois temps ou lieu de quatre, ça passerait. Dons le public, beaucoup ne reconnaissent pas les textes de l’Hymne. » Et Lionel adore ça, autant que l’idée d’avoir fait redécouvrir ces compositeurs qui l’ont ébloui, Lili Boulanger, Maurice Duruflé ou Gabriel Fauré, à des musiciens de jazz qui n’imaginaient pas à quel point on peut s’approprier des œuvres en les respectant totalement, et être à ce point original sans changer une note à la partition d’un autre. Mélange des gens et des genres, démonstration sans faille, transmission accomplie.
Il n’y aura pas d’Hymne au Soleil numéro deux. Pour Lionel, c’est comme un piège à éviter. Trop prévisible, pas assez risqué. En revanche, il était possible de boucler la boucle en partageant la scène avec l’un de ceux qui ont compris, utilisé et vécu l’explosion des barrières entre le jazz et les « autres » musiques. Ce sera le saxophoniste américain
Yusef Lateef, 85 ans cette année. « Il a écouté l’Hymne, et il a dit oui. C’est un mec qui a vécu toute l’histoire depuis les années 40, et ce jazz des années 60 où on retrouve la trace des compositeurs français du début du XXe siècle. Après, il a étudié des instruments incroyables, des cultures différentes… Il va jouer une note, ou peut-être même pas, et ça va nous transformer ! » Mutation prévue sur une des scènes de Banlieues Bleues, un album suivra (avec des compositions originales de Lionel, Christophe Dal Sasso, une pièce de Schoenberg) et probablement une tournée.
Après ? Lionel Belmondo y est déjà. Il dort peu, « trois heures par nuit », travaille beaucoup, « nuit et jour », réfléchit en permanence, « avant et après, jamais pendant », à ses innombrables projets. D’abord avec Lateef, ensuite une idée d’album de gospel et d’orgue français, et puis des visions musicales où apparaissent des rockers psychédéliques « seventies ». « Ma seule angoisse, c’est de ne pas pouvoir tout faire. C’est un peu pour ça que j’ai beaucoup enseigné. Pour transmettre, et que ça continue après. » En ce moment, il faut aussi gérer le label
Bflat, créé avec son frère Stéphane. « La pédagogie se transforme en direction musicale. Il faut que chaque production soit réussie, donc on ne peut pas tout faire tout de suite, on n’a pas encore les reins assez solides. » Lionel sait qu’il faut faire preuve de patience, et on sent bien que ce n’est pas son tempo favori.
Il confirme : « On est des boulimiques. » Le travail, l’étude, la culture, être un artisan avant de se proclamer artiste, les valeurs « à l’ancienne » ne sont pas perdues pour tout le monde. « Moi, j’ai joué avec des vieux, et j’ai compris pourquoi ils restaient jeunes. » Il raconte sa première rencontre avec Chet Baker, après un concert pitoyable où le trompettiste n’arrive ni à jouer une note, ni à chanter. Le public siffle, mais Lionel va quand même lui dire merci dans sa loge. « Il tremblait, et il renversait son café sur son tee-shirt. Mais son regard était celui d’un jeune homme. Chet n’a jamais perdu ça. » Déglingue et concerts ratés mis à part, on sent une admiration sans bornes pour cette génération-là. « Je trouve qu’il y a trop d’ego dans ce qui se fait en ce moment. Il faut garder l’étonnement, la culture, savoir se mettre en danger et travailler en profondeur ; comme sur ces disques que j’écoute depuis l’âge de 12 ans. On peut recréer ça. Je veux recréer ça. » C’est bien parti.


 

Rechercher dans l'Écho de MFA :
 
Recherche avancée


Document(s) lié(s) au sujet:

Aucun document associé


Retour a la liste des sujets