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Marc-André Dalbavie, un art en résonance

  p.r. par Pierre Rigaudière  Diapason, février 2005, n° 522

Il a été, en 2005, la figure de proue du festival Présences en remplacement de Pierre Boulez. Créateur pragmatique et ouvert, il a su intégrer diverses influences sans perdre son âme.

Il a été, en 2005, la figure de proue du festival Présences en remplacement de Pierre Boulez. Créateur pragmatique et ouvert, il a su intégrer diverses influences sans perdre son âme.

Diapason. Vous avez étudié l’orchestration avec Marius Constant. Que vous a apporté son enseignement ?
Marc-André Dalbavie. Marius Constant m’a beaucoup appris. Il m’a donné l’envie de l’orchestre, accordant de l’importance à la légèreté de celui-ci, à la transparence, aux textures fluides. Je reste attaché à ces qualités.

Diapason. Vous vous êtes fait connaître avec des œuvres utilisant l’électronique. Que reste-t-il aujourd’hui de votre séjour à l’Ircam ?
Marc-André Dalbavie. Bien qu’en ayant beaucoup écouté et même si j’en ai utilisé les moyens, je n’ai jamais été un compositeur de musique électronique. C’est à travers l’orchestre et le monde acoustique que je suis peut-être devenu un musicien purement électronique. Il s’agit d’un substrat sous-jacent, qui transparaît quand je cherche des textures très luisse. Cet univers sonore me touche surtout par l’invention mais bien moins par la matière.

Diapason. Votre proximité avec le courant spectral a manifestement marqué votre pensée, et pourtant, vous vous en démarquez en de nombreux points…
Marc-André Dalbavie. Je me suis vite aperçu qu’une prévisibilité trop grande – qui existe dans mes premières pièces – m’ennuyait. Je sentais que la direction devait être là, mais seulement suggérée, même lorsqu’elle sous-tend un discours musical. En fait, j’ai pallié ce problème en travaillant sur la polyphonie. À vingt ans, j’étais fasciné par Mahler. Si ma musique peut paraître narrative, c’est que les processus qui y sont superposés entrent en collision et produisent une narration par phénomène de coïncidence. On a l’impression de quelque chose de discursif alors que la structure relève du processus pur et dur ! Cette ambiguïté n’est pas pour me déplaire…

Diapason. Les cours de direction que vous avez reçus de Boulez ont-il modifié votre façon d’appréhender l’écriture orchestrale ?
Marc-André Dalbavie. Cette expérience a influencé mon écriture technique de l’orchestre, mais aussi la prise en compte de l’interprète par rapport à la métrique. Boulez m’a appris à écrire de façon à ce que le geste de l’interprète, celui du chef et ce que je veux entendre soient liés, qu’il y ait une amplification de l’un par l’autre.

Diapason. Quel est le statut de la tonalité dans votre musique ?
Marc-André Dalbavie. Je ne me situe pas dans cette opposition tonal/atonal. L’idée d’une continuité entre tonalité et atonalité me semble passionnante. Il y a dans ma musique des phénomènes de coïncidence, c’est-à-dire des processus qui peuvent faire émerger localement des îlots de tonalité. Tout ça est intégré dans un monde global qui est celui de la résonance. Je cultive dans mes œuvres des moments de résonance très forte, avec des axes qui se mettent à vibrer en fonction de l’environnement, comme les cordes qui résonnent par sympathie. On trouve ce phénomène par exemple dans Concertate il suono.

Diapason. Deux de vos œuvres seront données en création mondiale lors de Présences. Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?
Marc-André Dalbavie. La Sinfonietta est à la fois un hommage et une sorte de mise au point sur l’écriture symphonique. Elle répond à une volonté de clore cette série de pièces pour orchestre que j’ai écrites depuis une dizaine d’années.

Diapason. Y a-t-il quelque défi à écrire une sinfonietta ?
Marc-André Dalbavie. Le défi consistait surtout à confronter l’idée de symphonie, en quatre mouvements de caractère contrasté, au moment du processus qui est le mien, un monde répétition, de transformation, qui est l’opposé de l’alternance.

Diapason. Avec Comptines, vous quittez le domaine de l’orchestre…
Marc-André Dalbavie. Oui, j’aime beaucoup l’écriture vocale et j’ai été ravi de composer pour la magnifique Maîtrise de Radio France. La musique vocale est un monde musical en soi, extrêmement riche, qui a une résistance très forte et qui oblige le compositeur à avoir le style le plus ouvert possible. J’utilise des mélodies de comptines, de rondes ou de berceuses qui émergent progressivement, mais je ne vous en dis pas plus !


 

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