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Tout se joue à la prise de son

  Thierry Soveaux  Diapason, juin 2004, n° 515

La comparaison entre la stéréophonie et le multicanal est l’occasion de multiples malentendus. D’aucuns prétendent que le potentiel de la stéréo n’est pratiquement jamais exploré. C’est vrai sans doute. D’autres affirment au contraire que seul le multicanal peut prétendre à l’immersion spatiale qui nous rapproche enfin du réel, de l’impression acoustique ressentie aux meilleures places d’une salle de concerts, le seul repère valable. Cela semble également vrai. Mais cette exploitation partielle des pouvoirs de la stéréo reste tout de même troublante.

La comparaison entre la stéréophonie et le multicanal est l'occasion de multiples malentendus. D'aucuns prétendent que le potentiel de la stéréo n'est pratiquement jamais exploré. C'est vrai sans doute. D'autres affirment au contraire que seul le multicanal peut prétendre à l'immersion spatiale qui nous rapproche enfin du réel, de l'impression acoustique ressentie aux meilleures places d'une salle de concerts, le seul repère valable. Cela semble également vrai. Mais cette exploitation partielle des pouvoirs de la stéréo reste tout de même troublante.

Curieusement, la stéréophonie des premiers temps semblait davantage tenir ses promesses s'agissant de relief sonore et de cohérence spatiale. Les chaînes bicanal des années soixante, d'une relative simplicité, restituaient, souvent de façon brillante, la qualité des enregistrements de l'époque. Mais dès la fin des années soixante, la gravure universelle pour les disques, l'hégémonie du transistor pour les amplificateurs, l'avènement du multimicro enfin ont largement contribué à un appauvrissement de la reproduction sonore. La venue du numérique ne devait rien arranger à l'affaire. La tendance à l'aseptisation de ce support a peut-être contribué à son affaiblissement. La plupart des systèmes restituaient et restituent toujours une image sonore « bouchée », qui ne parvient presque jamais à s'affranchir des deux enceintes.

Plusieurs phénomènes doivent évidemment être pris en compte afin de diagnostiquer ces insuffisances. La qualité souvent médiocre des prises de son est en premier lieu responsable. Les différences qualitatives d'un CD à l'autre peuvent être très importantes. Dans le domaine de la stéréo, les enregistrements les plus achevés restent sans conteste ceux effectués dans la deuxième partie des années cinquante et au début des années soixante. Réalisés dans la plupart des cas avec très peu de micros, deux ou trois le plus souvent, ces disques mythiques possèdent un relief et une homogénéité saisissants. Conçus avec art par les meilleurs directeurs artistiques et les meilleurs ingénieurs du son de l'époque, ils appellent le plus grand respect et ont probablement valeur de leçon. Car, au fond, les prises de son les plus réussies parviennent, en quelque sorte, à transcender le support pour lequel elles ont été conçues.

Selon Walter Legge – célèbre producteur chez EMI dans les années quarante et cinquante –, la monophonie exploitée de la façon la plus ingénieuse pouvait parvenir à restituer les étagements en profondeur. Il prenait pour exemple son enregistrement de Hänsel und Gretel dirigé par Karajan, à la mise en scène sonore il est vrai remarquable. Néanmoins, la monophonie reste et restera toujours un point fixe, incapable de véritable relief, contrairement à la stéréophonie. De la même façon, la plus-value du multicanal est par certains aspects indiscutable ; le potentiel en matière de résolution, de cohérence spatiale, de clarification des plans sonores offre des perspectives fascinantes. Cela dit, l'équilibre entre les voies frontales et arrière est délicat à ménager ; selon certains ingénieurs du son, chaque disque devrait faire l'objet d'un réglage spécifique, mémorisé par le lecteur.

Une part des SACD souffre, hélas !, d'une image sonore médiocre, dépourvue de vraisemblance, sans parler de rééditions de bandes analogiques souvent décevantes entachées d'un ajout inutile de réverbération artificielle. Bien entendu, la réussite de certains disques augure d'ores et déjà du meilleur. Certes, les prises de son multicanal offrent un potentiel décuplé par rapport à la stéréo mais elles sont aussi beaucoup plus exigeantes et donc plus difficiles à réussir.


 

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