Dès qu’il commença à être un peu connu sur la scène musicale, Régis Campo fit entendre un son nouveau, non en brisant les fenêtres du Conservatoire et de l’institution comme on l’eût fait jadis mais en se montrant tout de même audacieux à sa manière. Il avait reçu une formation extrêmement complète et sérieuse à Marseille, notamment auprès de Georges Bœuf qu’il remplacera plus tard (profitons-en pour saluer ce grand pédagogue, compositeur raffiné et discret), puis à Paris, auprès de Gérard Grisey et d’Alain Bancquart. En quoi consistaient l’apport nouveau et le ton singulier du jeune Campo ? Un musicologue d’autrefois n’aurait pas manqué de mettre ses qualités sur le compte du Midi et de la Provence, mais on peut aussi penser qu’après une trentaine d’années d’expérimentation austère, la jeunesse souhaitait passer à autre chose. Si Edison Denisov vit en lui « un des compositeurs les plus doués de sa génération », c’est que par son imagination créatrice, par le retour à des ligues mélodiques, par la franchise du rythme, par un certain humour, une certaine joie du son, il marquait une bienfaisante rupture.
Entre le Double Quatuor de Guillaume Connesson et Music to hear de Régis Campo, il existe quelques points de comparaison, même s’ils ne sautent pas aux yeux de prime abord. Et cette convergence dessinerait peut-être quelque chose comme un signe des temps. Avec Music to hear, Régis Campo a souhaité écrire une musique légère, non pas au sens que prend ce mot chez Offenbach ou Messager, mais une musique sans pesanteur (et l’on entend aussi cette légèreté joyeuse chez Connesson). Pour cela, il va prendre appui sur des sonnets de Shakespeare (étrange coïncidence, comme dans la Cantate de Nicolas Bacri primée l’an dernier), dont la tonalité générale est plutôt élégiaque et triste. Mais à partir de ces mots lyriques et plaintifs, il va composer une musique d’Ariel. Par petites touches vocales posées avec une extrême précision, il va se fonder sur le phonème pour créer de minuscules événements rythmiques ou mélodiques, de petits climats sonores qui donnent à ces pièces chorales brèves, parfois à peine soutenues par un léger accompagnement instrumental, une immatérielle légèreté.
Ces pièces, au nombre de sept, constituent un lointain salut aux Beatles qui, en leur temps, ont parfois fondé le langage de leurs chansons sur un semblable travail de la langue (mais on a également pu comparer ces pièces au troisième mouvement de la Sinfonia de Berio, et, pourquoi pas, à sa Sequenza III pour voix). On parlait d’air du temps. Voilà des pièces délicatement écrites, rapides, légères et presque humoristiques (d’un humour pince-sans-rire et distancié, cela va de soi), peu encombrantes.
On retrouve ici, comme chez Connesson, un certain sourire qui faisait le plus souvent défaut à la musique contemporaine depuis pas mal de temps. Là-dessus, profs et élèves sont d’accord.
Régis Campo et MFA
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