L’ancienne Tchécoslovaquie a apporté de si grands noms à la musique, des musiciens de Bohême, au 18e siècle, à Dvorak, Smetana et Janacek, qu’on ne saurait les citer tous. Un pays très musicien que l’on ne peut qu’aimer si l’on se souvient seulement de l’accueil qu’il réserva à Mozart.
Dès le Moyen Age, la vie musicale tchèque fut ancrée dans l’Europe, grâce aux grandes familles aristocratiques et à l’Eglise, qui constituaient un véritable réseau de mécènes.
Au 17e siècle, les artistes au service du roi, de la noblesse ou de l’Eglise se déplaçaient ainsi à travers toute l’Europe de cour en cour (celles-ci étant de véritables “centres culturels” avant la lettre). C’est dans cette période que de nombreux musiciens effectuent de longs séjours en Europe, comme Zelenka à Dresde, Cernohorsky et Myslivecek en Italie, les Benda en Prusse, les Stamitz et Richter à Mannheim, Reicha à Paris…

Au 19e siècle, la naissance de l’identité nationale constitue une étape historique importante. Des musiciens comme Dvorak ou Smetana ont recherché leurs racines musicales dans le folklore “national”. La correspondance de Dvorak nous apprend que ses voyages à l’étranger étaient souvent motivés par des raisons économiques, la volonté et la curiosité de découvrir
d’autres cultures ne venant qu’en second lieu. Mais celles-ci ont nourri sa réflexion sur l’identité musicale de son pays.

La recherche des racines slaves a amené certains compositeurs tchèques à l’est ou au sud-est du pays (en Slovaquie, Ukraine, Bulgarie, dans les Balkans…).

Né au milieu du 19e siècle, Janacek deviendra la figure la plus originale du paysage musical tchèque, le compositeur le plus considérable, le plus moderne, le plus singulier… et il n’a jamais quitté son pays !
La première moitié du 20e siècle, marquée par deux guerres mondiales, a provoqué de nombreux bouleversements. Elle a marqué le destin de Bohuslav Martinu qui était parti pour découvrir le jazz et le surréalisme et qui, ne pouvant retourner dans son pays d’origine, nourrit sa musique, vers la fin de sa vie, de réminiscences folkloriques, profondément gravées dans sa mémoire.
Cette période a été cruelle pour une génération de compositeurs tchèques juifs qui ne sont pas revenus des camps de concentration (P. Haas, Hans Krasa, Gideon Klein, Enst Schulhoff) et que l’on est en train de redécouvrir.
De nombreux musiciens furent déportés, parmi lesquels le chef Karel Ancerl.

Après 1948, la mise en place du régime communiste a provoqué le départ de nombreux musiciens (Raphael Kubelik, Rudolf Firkusny, Bohuslav Martinu…), certains compositeurs se sont vu marginaliser, comme Zbynek Vostrak et Marek Kopelent, d’autres choisirent l’exil plus tard, tel Kotik, Komorous, Pandula et Karel Ancerl. Les années 60 rendent, pour un certain laps de temps, une relative liberté d’expression dont profite une nouvelle génération de compositeurs (Marek Kopelent, Jan Klusak, I. Zelenka, Jan Kapr, Jindrich Feld, Ivana Loudova) avant que la vie musicale ne retombe dans l’inertie après la répression de 1968.

Si, entre 1948 et la chute du rideau de fer, en 1989, les échanges avec le monde occidental ont été rares, ils n’ont cependant pas cessé grâce aux festivals de musique (Printemps de Prague en République tchèque et Automne de Varsovie en Pologne). La création musicale se poursuit grâce à la présence de l’école tchèque (Petr Eben, Zdenek Lukas, Vaclav Riedlbauch, Libor Kubik). A la fin des années 80, le développement des médias et les nouvelles technologies influencent une nouvelle génération de compositeurs tels Martin Smolka, Miroslav Pudlak, Petr Kofron, Miroslav Srnka, Krystof Maratka, Ondrej Adamek…

L’année 2004, qui marque l’entrée de la République tchèque au sein de la Communauté européenne, est aussi une année riche en anniversaires de compositeurs tchèques (Smetana, Dvorak, Janacek, Martinu, Suk), qui permet de faire connaître leurs
œuvres, souvent mal connues en dehors de leur pays.

La vie musicale dans la République tchèque est encore très riche aujourd’hui. De nombreux touristes – au milieu de la multitude qui se rend à Prague chaque année – viennent se souvenir de la vie musicale d’antan et de nombreux concerts (de qualité diverse !) sont donnés dans les églises. L’Opéra de Prague et les orchestres connaissent encore de beaux jours, malgré les départs de quelques-uns leurs meilleurs éléments vers l’Europe de l’Ouest.

Parmi les interprètes tchèques d’aujourd’hui : la mezzo Magdalena Kozena, les sopranos Vanda Tabery et Martina Jankova, la basse Roman Janal, les violonistes Iva Bittova, Hana Kotkova, Pavel Sorcl, Jan Talich, les pianistes Ivan Moravec, Igor Ardasev, Petra Besova, Martin Kasik… Jitka de Préval

Le point de vue de Krystof Maratka, compositeur
Je suis heureux de cet élargissement. Mais je souhaite qu’il ne signifie pas que l’Europe va se refermer sur elle-même. On craint souvent qu’en s’ouvrant aux autres, on risque de
perdre sa culture. En fait, c’est le contraire qui se passe.
Pour revenir à la République tchèque, je dirais que l’on y trouve actuellement des compositeurs d’une grande diversité. Ils sont très libres, particulièrement dans les nouvelles générations. Mon espoir est que leurs musiques se fassent mieux connaître en Europe, en étant jouées, notamment, par les interprètes et les orchestres tchèques que je trouve un peu trop conservateurs. J’aimerais que ces derniers soient plus engagés du côté de la création. Il faut oser rêver, aller vers l’inconnu. L’exemple de pays tels que l’Allemagne ou la Finlande est à méditer de ce point de vue.
Les échanges entre écoles ou conservatoires européens peuvent également être fructueux, aussi bien du côté des professeurs que des élèves. La nouvelle situation offre des possibilités d’ouverture illimitées. Un certain nombre de musiciens et de compositeurs ont émigré à l’Ouest pendant des années. Parfois, dans des conditions tragiques. Cela se fera maintenant sur de nouvelles bases. Et ça, c’est formidable !
Enfin, sur le plan économique et social, il serait bon que les niveaux s’égalisent. Mais cela ne se fera pas d’un jour à l’autre.
Propos recueillis par Michel Doussot

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