Au-delà des figures majeures de Liszt et de Bartók, la Hongrie, dont l’identité nationale s’est affirmée très tôt, a joué un rôle de premier plan dans l’histoire de la musique européenne. La pianiste Gabriella Torma nous résume cette histoire si riche et variée.
L’histoire de la musique en Hongrie est évidemment totalement imbriquée, depuis le Moyen Age, dans l’histoire de la musique européenne. Au 16e siècle, le mécénat des princes de Transylvanie attire de nombreux musiciens étrangers, comme Palestrina, Girolamo Diruta, ou encore Roland de Lassus et son élève Giovanni Batista Mosto. C’est à Lyon, en France, et à Cracovie, en Pologne, que sont éditées à cette époque les œuvres d’un luthiste venu de Transylvanie, Bálint Bakfark. C’est surtout par la musique religieuse que la bourgeoisie (sous administration des Habsbourg) entre en contact avec la culture musicale européenne. Après cent cinquante ans d’occupation ottomane, au 18e siècle, la vie culturelle, en ruine, revivra grâce à l’adoption des modèles étrangers et à l’invitation d’un grand nombre de musiciens venus de toute l’Europe.

La protection de la musique savante est assurée par les grandes familles aristocratiques, au premier rang desquelles on se doit de citer les Eszterházy. Ils furent mélomanes, compositeurs et interprètes, et entretinrent orchestres et compositeurs, le plus célèbre de ces derniers étant évidemment Joseph Haydn. La fin du 18e siècle et l’influence des Lumières coïncident avec un réveil national : chansons, airs traditionnels, folklore dit souvent “tsigane”, mais que les Hongrois revendiquent comme relevant de leur propre culture.
Au 19e siècle, un nombre croissant d’éléments empruntés à la musique savante seront ainsi assimilés et combinés avec la musique et la danse hongroises traditionnelles par de nombreux compositeurs hongrois, mais aussi par les grands compositeurs de toute l’Europe, qu’il s’agisse de Mozart, Beethoven, Weber, Berlioz avec sa fameuse Marche de Rákóczi, ou encore Brahms avec ses non moins célèbres Valses ou Rhapsodies hongroises.

Au cours du 19e siècle, la musique savante européenne se répand naturellement dans toutes les grandes villes. Des salles de concerts s’ouvrent, les concerts deviennent peu à peu payants, on assiste à la fondation de conservatoires, au développement des métiers d’éditeurs de partitions ou de fabricants d’instruments. Ferenc Erkel (1810-1893) écrit les premiers opéras en langue hongroise.
Mais arrive alors le génie national, Ferenc Liszt (1811-1886), qui subjuguera toute l’Europe par son génie d’interprète et de compositeur, Liszt grâce à qui « l’héritage musical hongrois est entré dans le patrimoine universel ».
Dans la deuxième moitié du 19e siècle, le niveau de la vie musicale à Budapest est au plus haut. Des chefs d’orchestre comme Artur Nikisch ou Gustav Mahler y travaillent. A la fin du siècle, l’opérette hongroise fera son apparition, grâce, notamment, à Ferenc Lehár (1870-1948).

La première moitié du 20e siècle compte des personalités musicales célébrissimes. Zoltán Kodály (1882-1967) l’est à trois titres : compositeur (son opéra Háry János a été à l’affiche cette année à l’Opéra de Montpellier, puis au théâtre du Châtelet à Paris), chercheur infatigable, restaurateur du patrimoine folklorique national et enfin fondateur de la célèbre méthode pédagogique qui porte son nom.
La figure majeure non seulement de la Hongrie, mais de l’Europe musicale de l’époque est évidemment Béla Bartók (1881-1945), dont l’influence est déterminante dans l’histoire de la musique. Citons également les compositeurs Ernö Dohnányi, Leó Weiner.

Après la Seconde Guerre mondiale, le régime communiste contraindra les compositeurs “novateurs” à l’exil. Sándor Voeress, György Ligeti devront ainsi quitter le pays. Après les événements de 1956, l’emprise de l’Etat se relâchera quelque peu, laissant à des compositeurs comme György Kurtág la possibilité de s’exprimer. Le changement de régime, en 1989, apportera la liberté complète d’expression, mais aussi, comme dans les autres pays du bloc de l’Est, la perte du monopole de l’Etat et son désengagement conduisent les institutions musicales vers de graves difficultés financières.

La vie musicale aujourd’hui. Héritier d’une longue tradition, l’Orchestre philharmonique de Budapest (fondé en 1853), mais aussi la Philharmonie nationale hongroise ou l’Orchestre de la Radio hongroise attestent de la richesse de la vie musicale de la capitale, qui compte aussi un Opéra, et de nombreuses formations de chambre dont le fameux Quatuor de Budapest.

Compositeurs et interprètes. Parmi les grands compositeurs et interprètes internationaux qui ont marqué notre époque, citons Miklós Rózsa, compositeur de musique de films, les chefs Antal Doráti et György Solti, le violoniste et chef Sándor Végh, le pianiste György Cziffra ou encore le violoncelliste Miklos Perényi qui vient de disparaître.
Parmi les musiciens qui ont aujourd’hui une renommée internationale, citons le compositeur Péter Eötvös, les pianistes András Schiff, Zoltán Kocsis et Dezsö Ránki, ainsi que les chanteurs Eva Márton, Sylvia Sass, László Polgár et Andrea Rost.
Gabriella Torma

Gabriella Torma étudie à Budapest, Moscou et Paris auprès d’Yvonne Lefébure. Pianiste de renommée internationale, elle est réputée pour sa prodigieuse mémoire (son répertoire compte plus de 1 500 œuvres) et donne des “concerts à la carte”, demandant au public de choisir les œuvres qu’il va entendre.

 

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