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Une tradition de musique populaire d’inspiration plus orientale qu’en Grèce et une nouvelle musique “savante”.
Peuplée depuis neuf mille ans, Chypre voit la civilisation mycénienne s’y installer vers le 13e siècle av. J.-C. Devenue chrétienne dès le 1er siècle, l’île sera rattachée ensuite à l’Empire byzantin et connaîtra quelques occupations arabes. Elle est occupée pendant le Moyen Age par les croisés, puis conquise en 1571 par les Ottomans, qui l’occupent sans partage pendant trois siècles avant de la céder, en 1878, à l’Angleterre en échange de son soutien dans le conflit qui oppose les Turcs à la Russie.
En 1955 débute la guérilla des Chypriotes grecs, qui réclament le rattachement à Athènes. Les Turcs ripostent en demandant le partage de l’île entre la Grèce et la Turquie. Cinq ans plus tard, au terme de négociations entre la Grande-Bretagne, la Grèce et la Turquie, l’île accède à l’indépendance.
En 1974, les forces turques prennent pied à Chypre, déclenchant presque dix ans de guerre qui conduiront à la création d’une République turque de Chypre du Nord, proclamée en 1983, et reconnue seulement par Ankara.

La musique à Chypre
Selon Dimitris Papadimitriou, directeur de la station grecque équivalant à France Musiques, la musique grecque (et chypriote) n’a pas eu pendant longtemps de compositeurs considérés comme “non folkloriques” et acceptés par le milieu de la musique classique. De fait, la musique chypriote a surtout été connue jusqu’à présent à travers sa musique folklorique, qui a subi des influences plus orientales que la musique folklorique grecque, tout en utilisant les mêmes instruments.

Compositeurs et interprètes
Parmi les compositeurs actuels, citons Faidros Kavallaris (né en 1950) et Avis Ionnidès, dont des œuvres sont programmées au prochain festival Pablo Casals de Prades, qui a pour thème, cette année, “Bienvenue en Europe” (LM 299). Parmi les interprètes, le plus connu internationalement est le pianiste et compositeur franco-chypriote Cyprien Katsaris : on trouve parmi ses multiples compositions une Rhapsodie chypriote (1978).

Le point de vue de Cyprien Katsaris, pianiste
Je suis un fervent Européen, malgré toutes les difficultés que l’Union connaît actuellement. Mieux vaut ces difficultés que toutes ces guerres que le continent a connues ! Il ne peut y avoir qu’un effet d’émulation bénéfique à tous sur le plan culturel en général et musical en particulier. Moi, je fais partie de ceux qui croient fermement qu’un artiste a un rôle considérable à jouer dans la société. L’entrée dans l’Union ne peut que favoriser les bonnes relations, la compréhension, la communication, l’art étant le plus haut niveau de la communication.
Cela va être une bonne chose pour Chypre, car, comme la Grèce, cette île a longtemps été sous domination ottomane. Elle a donc pris du retard sur le plan de la musique classique européenne. Cela dit, durant les dernières décennies, beaucoup de jeunes sont allés étudier en Europe, soit de l’Ouest, soit de l’Est – selon les préférences idéologiques ! –, et sont revenus avocats, ingénieurs, médecins… Ce qui a relevé le niveau de vie et favorisé le développement des concerts.
Aujourd’hui, on constate que de plus en plus de Chypriotes s’intéressent à la musique. Des projets d’ouverture de salles sont en cours ; il y a de plus en plus de concerts de niveau international ; les ventes d’instrument se portent bien. Quant à l’enseignement de la musique, il se développe de façon tout à fait remarquable. On trouve de très nombreux conservatoires et écoles de musique à Chypre.
Propos recueillis par Michel Doussot

Premier prix de piano et de musique de chambre du Conservatoire de Paris, Cyprien Katsaris est lauréat du Concours Reine-Elisabeth-de-Belgique, du Concours Cziffra, etc. Sa carrière internationale le conduit à collaborer avec les plus grands chefs : Leonard Bernstein, Eugen Ormandy, Kurt Masur, Simon Rattle, Antal Dorati… A la tête d’une imposante discographie, il s'est attaché à faire revivre à travers le disque des partitions oubliées, tels que le Concerto dans le style hongrois de Liszt/Tchaikovski ou la version originale pour piano et voix, par Gustav Mahler, du Chant de la Terre, avec Brigitte Fassbaender et Thomas Moser…

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