Jean-Marc Foltz

Jean-Marc Foltz, clarinettiste, ou comment s’improviser, quand on s’est déjà forgé une solide réputation dans la sphère contemporaine, d’autres chants pour explorer… d’autres champs.

Ce n’est un secret pour personne : la France est un pays de clarinettistes. De Maurice Meunier à Denis Colin en passant par Rostaing, Portal, Sclavis ou Kassap, chaque génération d’improvisateurs a eu son représentant du blackstick. Mais, avant Jean-Marc Foltz, aucun n’était issu de la musique contemporaine. « En fait, tout a commencé d’une façon que je n’assume pas trop : en chantant – trois octaves au-dessus – les parties de basse dans la chorale dont mon père faisait partie. Il dirigeait la classe d’orchestre du conservatoire de Strasbourg, écoutait aussi Ellington, du gospel… et m’a mis au piano, sur ses genoux, dès mon plus jeune âge. » Folz commence la clarinette vers 7 ans, mais l’ennui – aussi bien en classe d’instrument que de solfège – l’amène à se tourner vers l’improvisation, de façon intuitive, à la clarinette comme au piano.
Chez lui, de toute évidence, l’oreille – qu’il a absolue – a toujours précédé la connaissance théorique. « Explorer le son, la mélodie : tout ce qu’on n’a pas vraiment le droit de faire au conservatoire, voilà ce qui me procurait le plus de plaisir. » Paradoxalement, son père ne souhaite pas qu’il devienne musicien, et il entame des études de médecine. Autre paradoxe, ces dernières lui font rencontrer des musiciens amateurs passionnés de jazz. Il quitte donc la médecine en 87, entre dans la classe de jazz de Bernard Struber (dont il rejoindra rapidement le Jazztet), explore la clarinette basse avec Armand Angster, découvre avec lui la musique contemporaine et rencontre Jacques Di Donato. « J’avais fait des études complètes au conservatoire, j’ai donc très vite trouvé du travail au plus haut niveau dans ce type de musique : l’ensemble Accroche Note , l’Ensemble Intercontemporain, la Musikfabrik de Dusseldorf… Ça ne laissait pas le temps de faire grand-chose d’autre mais j’adorais ça, surtout la rencontre musicale avec les compositeurs, qui passent leur temps à réfléchir scientifiquement à la musique alors que nous, nous travaillons surtout notre biniou. Par ailleurs, cette musique implique une énorme autodiscipline sur l’instrument. Ç’a été mon art martial. En revanche, ça manque nettement de swing, à part chez quelques grands comme Ligeti, Cage, Scelsi… »
Aussi le jazz finit-il par le rappeler : en 99, le groupe Virage fait appel à lui et enregistre pour le label Émouvance. C’est l’occasion d’une rencontre avec Claude Tchamitchian dans le Lousadzak duquel Foltz remplace Xavier Charles, rencontre Boni, Deschepper, Oliva, Lazro… « Ça correspondait à une période de ma vie où j’en avais un peu assez de la contemporaine : je me suis naturellement laissé glisser vers le jazz et, grâce à Lousadzak, je me suis vraiment trouvé plongé dans le milieu. Stephan Oliva – avec lequel je me suis particulièrement bien entendu – et moi avons monté un trio complété par Bruno Chevillon, et je joue en duo avec l’un comme avec l’autre. » Foltz a ici l’impression de jouer en famille, selon ses affinités, avec des amis avec qui les liens peuvent être durables, et moins « mercenaires » que dans des formations au service de compositeurs contemporains. « Grâce à Philippe Ghielmetti, j’ai fait partie du septette de Bill Carrothers, Armistice 1918. C’est là que j’ai joué mes premiers 4/4 et mes premiers standards. De toute façon, j’ai toujours suivi l’histoire de la musique à l’envers : j’ai joué Pascal Dusapin avant le concerto de Mozart et du free avant les 4/4. »
Et au niveau de l’écoute ? Grosse imprégnation d’Ellington, de Gershwin et bien sûr de musique classique pendant l’enfance. Puis Miles, Jarrett, Billie Holiday… mais pas particulièrement de clarinette. « J’ai écouté Portal ou Sclavis assez tard, et je ne connais pas bien leur discographie. Il y a évidemment une sorte de fraternité des clarinettistes. Je croise Portal et Sclavis parce que tous deux jouent avec Chevillon comme moi, et je me sens assez proche du premier au niveau du parcours : il a joué et joue encore de la musique contemporaine. J’ai beaucoup d’estime pour lui parce qu’il a ouvert la voie. Kassap, c’est plutôt lui qui est venu vers moi car il a beaucoup de respect pour la musique contemporaine, et il m’a appelé pour jouer dans son Large Ensemble. » En fait, pour Foltz, le jazz permet de jouer une musique qu’on porte en soi, dont le scénario n’est pas écrit à l’avance, où il faut mouiller sa chemise tous les soirs et où l’on est constamment sur le fil du rasoir.
Aujourd’hui, il se sent prêt à assumer le statut de leader. « Ghielmetti, et Philippe Ochem du festival Jazzdor, font partie des personnes qui m’y ont encouragé. J’ai des idées, et je pense avoir fait la synthèse des deux parcours que j’ai suivis jusqu’à présent. J’ai rencontré des gens avec qui j’ai envie de faire de la musique dans la durée. D’ailleurs, outre le duo avec Bruno Chevillon, sorti cet été, nous avons enregistré à trois avec Stephan Oliva un hommage à Giacinto Scelsi, le seul compositeur qui m’ait permis de faire le lien entre musiques contemporaine et improvisée : quelqu’un qui travaillait sur la texture sonore, les timbres. »  Mais c’est à l’écriture de la musique pour un autre trio – avec Sébastien Boisseau et Christophe Marguet– que Jean-Marc Foltz se consacre actuellement. Premier concert en novembre, à Strasbourg, pour les vingt ans de Jazzdor. L’automne musical s’y déclinera au son du « bâton d’ébène ».

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