Après l'aventure orchestrale de Quoi de neuf docteur-, le trompettiste oscille aujourd'hui avec bonheur entre deux pâtes nécessaires : les musiques minimalistes électroniques avec le collectif Diaphonic et les musiques balkaniques et festives avec le trio Hradcãny. Un hyperactif très éclectique.

Après avoir pendant près de quinze ans dépensé une énergie et un temps considérables pour donner à son big band Quoi de neuf docteur un avenir ambitieux mais toujours très précaire, Serge Adam a décidé depuis cinq ans de changer de cap. En se retournant d'abord sur sa trompette. Pour cause de travaux d'écriture et de montage de projets sans fin, il avait quelque peu délaissé son instrument. Mais il est plus facile de changer de style musical que de façon de jouer. "Avec la trompette, cela exige une évolution plus lente, plus compliquée qu'avec l'écriture. Si j'ai choisi de faire une pause dans mes productions, c'est pour m'offrir plus de temps pour travailler la trompette. Je joue aujourd'hui d'un instrument spécialement traité pour moi par Gilles Reigner. Cet acousticien a su éliminer des harmoniques naturelles parasites afin de rendre le son plus mat, plus linéaire. Cela enlève à la trompette son côté claironnant et flamboyant. Ce nouveau son se marie mieux avec les cordes et les bois, principalement le timbre de la clarinette."

Ce changement de son n'a pas été sans conséquences : il a favorisé l'irrésistible basculement de Serge Adam vers les musiques électroniques. Tout est parti d'une carte blanche que La Maroquinerie a offerte au trompettiste. Au final, plus d'une trentaine de solistes invités. "Très vite s'est imposée une autre idée, une nouvelle lecture du concert. Quand on est deux sur scène, on est forcément dans la suractivité instrumentale. Pour tenir le fil du dialogue, on doit être dans une concentration extrême. Ce qui pour l'auditeur est visuellement intéressant dans la performance d'un instrumentiste, c'est d'abord son engagement par rapport à son instrument. On est d'emblée dans une réception très aiguë du travail physique de l'improvisateur." D'où l'idée de la vidéo. L'image permet de « distraire » l'attention de l'auditeur du seul spectacle du musicien en train de jouer. Soudainement, ce dernier n'est plus sous les feux exclusifs des projecteurs, en première ligne, au centre de l'arène. "Du coup, se nourrissant d'image, la matière musicale change et devient plus aérée, plus libérée. Le soliste peut prendre tout son temps pour délivrer sa musique sans subir la pression des regards."

C'est de cette idée forte que sont nées, peu à peu, au fil des rencontres, trois expériences collectives aujourd'hui regroupées sous le label Diaphonic. Trois passionnantes performances interactives entre matière sonore et visuelle faisant toujours habilement intervenir le numérique pour un traitement en temps réel du son, de l'image et de la diffusion dans l'espace. Après Haute Fréquence 4.1 et Around 3 Gardens, c'est au tour de Landscape, qui vient de paraître.

Pour tous ces projets, Serge Adam a su s'entourer d'une équipe de base particulièrement motivée, avec Gilles Coronado et Benoît Delbecq, l'ami complice de longue date. Mais aussi Marc Chalosse, premier jazzman "ouvertement défroqué" qui a choisi, avant la mode numérique, d'abandonner son piano pour expérimenter en pionnier les claviers électroniques ; Éric Verhnes, imprévisible improvisateur vidéo ; et enfin, Djengo Harlap, manipulateur d'espèces d'espaces, ingénieux ingénieur du son dont la fonction est de mixer en direct les instruments et d'inventer une circulation spatiale de la musique dans les quatre enceintes dont il joue comme d'un instrument à part entière. "Nous essayons de garder tout leur côté humain aux musiques électroniques, précise Serge Adam. On souffre d'une dématérialisation de l'artiste qui se cache derrière un clavier, un écran et une souris. Pour moi, il est important qu'on voie au moins deux instruments acoustiques, les doigts sur les pistons, le geste de l'improvisation dans tout son engagement physique..."

L'autre aventure que mène parallèlement Serge Adam est Hradcãny. Le trompettiste a créé ce trio suite à une résidence en Champagne-Ardenne avec Philippe Botta, saxophoniste spécialiste des musiques orientales (Senem Diyici) et David Venitucci, accordéoniste surdoué. "Avec ce projet festif très exigeant, je retrouve le plaisir de la performance instrumentale. Avec les musiques balkaniques très compliquées à bien jouer, je peux développer un autre visage de ma personnalité. Au niveau de mon équilibre musical, mes deux pôles, électronique et balkanique, se complètent idéalement. J'ai besoin des deux pour m'épanouir totalement."

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Serge Adam et MFA

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