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Philippe Hersant [était] sous le feu des projecteurs
du festival Présences. D'un catalogue
riche de plus de quarante uvres, nous [avons pu] entendre environ
la moitié, à partir de la Missa brevis de 1986.
Diapason : À quoi ressemblaient vos
premiers essais de composition ?
Philippe Hersant : Vers 5 ou 6 ans, j'ai écrit une sonate
pour violon et piano où le violon ne jouait pas une seule note !
N'ayant aucune idée de ce que pouvait faire cet instrument, j'avais
jugé plus sage de n'écrire que des pauses... Vers 18 ans,
j'ai fait des tentatives sérielles tout aussi vite abandonnées.
Chez Jolivet, je hurlais avec les loups : je composais des uvres
rapidement, de façon assez conceptuelle, avec des plans sur papier
millimétré, sans me soucier du résultat sonore. Lorsque
j'écoutais les pièces, j'étais atterré !
Je ne m'investissais pas vraiment dans ces uvres, et ne m'y reconnaissais
évidemment pas.
Diapason : Quel type de musique composiez-vous
pendant vos études d'écriture ?
Philippe Hersant : J'ai cessé d'écrire lorsque
je débutais l'harmonie, faute de savoir dans quelle direction aller.
Percevant que ce que j'apprenais ne serait pas décisif pour mon
futur langage, je n'ai presque rien composé avant 30 ans. Hormis
quelques pièces qui m'ont permis d'aller à la villa Médicis,
c'est là leur seul mérite.
Diapason : Que vous a apporté l'enseignement
d'André Jolivet ?
Philippe Hersant : Une ouverture sur la musique extra-européenne,
alors inconnue au Conservatoire, mais aussi la découverte de Varèse
et d'Artaud, personnalités qui me passionnaient et qu'avait bien
connues Jolivet. Sur le plan musical, j'ai en fait mal profité
de son enseignement, car je me débattais dans des problèmes
identitaires. Dans l'immédiat après-68, on me disait que
mon bagage ne valait rien, qu'il fallait l'oublier. N'ayant rien à
proposer à la place, et ne sachant pas comment utiliser cette « liberté »,
je devais d'abord faire le ménage dans ma tête.
Diapason : Qui étaient alors vos modèles ?
Philippe Hersant : Varèse et Berio. Je me suis penché
sur les uvres sérielles, mais sans vraiment comprendre cet
univers, qui était de toute façon mis en cause comme un
académisme.
Diapason : Jean-Louis Florentz était
votre condisciple à Rome. A-t-il eu une influence sur votre façon
d'envisager la musique extra-européenne ?
Philipe Hersant : La découverte de la musique de Florentz
m'a conforté dans l'idée qu'il existait une autre voie.
Nous avions un langage différent, mais une certaine communauté
de pensée, dans la lignée de Dutilleux. Comme lui, je suis
réfractaire à toute idée de système.
Diapason : Vous mêlez références
historiques et géographiques. Les placez-vous sur des plans distincts ?
Philippe Hersant : Je traite la musique extra-européenne
comme celle de Marin Marais. Leur seul point commun est qu'elles m'ont
ému avant de faire l'objet d'une certaine fixation : la Sonnerie
de sainte Geneviève de Marais, les dernières pièces
de Liszt, une mélodie entendue sur un disque de flûte berbère
et qui resurgit inexplicablement depuis vingt ans. Ce qui m'intéresse
avant tout, c'est la déformation de ces musiques par la mémoire,
la façon dont on se les réapproprie.
Diapason : Malgré quelques uvres
marquées par la monodie, dans lesquelles on décèle
l'influence de Jolivet, vous vous inscrivez résolument dans une
tradition harmoniste...
Philippe Hersant : Oui, c'est certain. Je pense toujours plus
à l'harmonie au départ, puis la mélodie se développe...
C'était tellement flagrant dans Le Château des Carpathes
que, craignant de tourner en rond, j'ai commencé à écrire
des pièces brèves, pour éviter l'orchestre et les
nappes de cordes. C'est grâce à ce détour par la musique
de chambre et les solos que j'ai pu aborder l'orchestre de façon
différente.
Diapason : Qu'est-ce qui a motivé vos
choix poétiques ?
Philippe Hersant : Rimbaud, c'est un amour de jeunesse. On sent
son influence chez Trakl : une poésie énigmatique,
pleine d'images fortes. Ce côté visionnaire de Rimbaud, on
le retrouve finalement chez Heiner Müller, que j'ai découvert
dans les années 1980 en travaillant avec les metteurs en scène
Jean Jourdheuil et Jean-François Peyret. Hölderlin enfin,
c'est un choix personnel. J'étais fasciné par l'évolution
du personnage et frappé par le fait qu'il rejoignait à la
fin de sa vie la simplicité du début. Je résume à
ma façon ce parcours dans Lebenslauf.
Diapason : Vous avez mis en musique un psaume
et composé une messe. Est-ce un acte de foi ?
Philippe Hersant : Bien qu'élevé dans le catholicisme,
je ne suis pas croyant. Dans la Missa brevis, j'ai évité
le Credo. Le texte de l'Agnus, qu'on soit croyant ou pas, est toujours
d'une grande beauté. Ma musique religieuse est marquée,
comme chez la majorité des compositeurs, par une plus grande simplicité.
Les citations sont plutôt envisagées comme des icônes.
C'est la mémoire collective qui est sollicitée.
Nous remercions Diapason pour son aimable autorisation.
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Philippe Hersant et MFA |