Intensité des inflexions, lignes parfaites, dérapages contrôlés de growls, ascensions vertigineuses... Le trompettiste, révélé au sein des groupes lyonnais de l'Arfi, a explosé dans le quintette de Louis Sclavis et illumine le Pentacle de Sophia Domancich. Portrait d'un discret que l'on s'arrache.

Venu au jazz assez tard, Jean-Luc Cappozzo y a creusé son sillon, sans précipitation, mais sûrement. Quand il effectuait, comme engagé, son septennat dans l'armée de l'air à Dijon (de 1974 à 1981), il connaissait peu le jazz et ne se doutait pas qu'il appartiendrait, au cours des années quatre-vingt dix, au nombre des sidemen les plus sollicités. Il aurait même pu ne jamais devenir musicien, comme il en rêvait dans ses débuts dans l'harmonie de Belfort, à partir de 14 ans. Ses parents imaginaient pour lui "un métier sérieux". Le jeune Franc-comtois s'arrangea pour rater son baccalauréat. "À l'époque, je n'ai vu qu'une solution : intégrer l'armée et y passer le concours pour accéder au statut de musicien professionnel." Ainsi que le firent Elvin Jones et tant d'autres aînés américains, finalement. "Je travaillais comme un fou, six heures par jour." Le cadre normatif de la condition militaire lui convenait peu. Son contrat arrivé à terme, le trompettiste partit enseigner à l'école de musique de Roanne. Au même moment, eurent lieu ses premières associations avec l'Orchestre régional de jazz de Grenoble. Mais la secousse tellurique qui transforma radicalement son existence advint en 1984, quand Dizzy Gillespie, en concert à Roanne, l'invita à bœufer. Ce fut à cet instant que le vrai Cappozzo se découvrit.

Deuxième jalon : son adhésion à l'Arfi, en 1991. "Je me suis aussitôt senti en totale adéquation avec la dimension du collectif. Il n'y a pas de chef à l'Arfi, ou bien chacun peut le devenir à un moment, un peu à l'instar de l'AACM de Chicago. J'ai beaucoup appris, particulièrement en musique improvisée. Je tiens à adresser une pensée spéciale à Maurice Merle, qui nous a quittés en avril. Il m'a fourni des clés déterminantes : Ayler, Kirk, Ornette... On entendait un investissement politique dans sa façon de jouer, comme un cri, quelque chose qui venait de loin. J'ai retrouvé un semblable engagement musical et humain chez Louis Sclavis, il est toujours sur le fil. Lorsqu'il a une idée, il la développe avec une rare ténacité."

Cette patience pugnace, Jean-Luc Cappozzo la cultive à sa manière depuis son enfance, quand il passait de longues journées à pêcher avec son père dans les étangs de l'Est. Un loisir qu'il pratique toujours. "Admirer le lever du soleil, sentir le petit coup de froid matinal, attendre le poisson — la carpe surtout, ma préférée, parce qu'elle se défend bien —, mes pensées vagabondent, je chante dans ma tête, et surgit l'idée d'un rythme, d'une mélodie."

Notre fin cruciverbiste (il s'attelle aux grilles de Misterioso tous les mois dans Jazzman !) s'est installé à Luzillé, village de Touraine, dans une paisible maison en tuffeau, dont les abords sont volontiers visités par les chevreuils. Besoin du calme bucolique. L'agitation parisienne ne l'a jamais tenté, pas même pour faciliter sa carrière. " Je ne place pas la musique au-dessus de la vie. J'aime rester au plus près de la nature." Lui qui s'est initié à la musique improvisé tardivement (vers 35 ans), a-t-il éprouvé la nécessité de rattraper le temps perdu ? "Ma philosophie : ne jamais forcer les événements, être attentif à tous les signes d'évolution qui concernent mon existence, mes proches, mon environnement. Je laisse les choses aller à leur propre tempo."

La musique improvisée est venue à lui, à travers la fine fleur : Daunik Lazro ("Je le considère comme un de mes maîtres"), le batteur Paul Lovens, Joëlle Léandre... "La rencontre avec Joëlle a été magnifique, j'ai été fasciné par son érudition, alliée à un splendide son de contrebasse et à un tempérament volcanique. Lors de nos concerts en trio avec Christophe Marguet, j'ai fait une partie en duo avec elle, nous avons vraiment envie de continuer." En compagnie de Paul Lovens, Daunik Lazro et du contrebassiste finlandais Teppo Hauta-Aho, l'homme-qui-n'est-pas-pressé a fondé son premier groupe, suite à leur rencontre au festival de Mulhouse 2002. Son quartette effeuille passionnément le free. Cappozzo agit envers une idée musicale comme avec la carpe. Il la laisse approcher et, soudainement, la ferre. Le reste est histoire d'amour, don du ciel et de soi. Avec lui, la pêche se révèle souvent miraculeuse.

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Jean-Luc Cappozzo et MFA

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