Alex Dutilh
Jazzman, n° 103, juin 2004
Choc de Jazzman

La lampe est éteinte.  Fini – pour l'instant – le temps de la relecture. Bill Evans, Paul Motian, Lennie Tristano, les musiques de film... Ils auront été les révélateurs successifs (au sens photographique du terme) d'une esthétique lumineuse, d'une précision des traits dans les contre-jours, d'une maîtrise des lumières crues, des rais de couleurs transperçant les persiennes closes. Pour signer son œuvre la plus intime à ce jour, le pianiste et compositeur a choisi la forme du quintette. En la dilatant imperceptiblement : piano, contrebasse (le fidèle Bruno Chevillon), batterie (Nicolas Larmignat) et deux anches, Matthieu Donarier (saxophone soprano) et Jean-Marc Foltz (clarinettes). L'arbre généalogie : l'écriture ouverte du Barre Phillips de l'époque ECM, les lueurs bleutées de Daniel Goyone. Le disque est admirablement et comme littérairement agencé, d'une préface à une postface, évoquant ici l'immobilité, là l'ellipse, célébrant le silence et la fragilité. L'écriture multiplie les nuances, offre à ses acteurs une gamme de jeux et de textures qui ne s'épuisent jamais, une alternance de durées aussi (formes brèves ou développées au sein desquelles on a du mal à déceler ce qui relève de l'écrit et de l'improvisé). On est presque saisi de pudeur à oser noter que cette musique, par ses timbres, son piano, son rythme intérieur, ne saurait être que « française ». Translucide et moirée, frissonnante et intransigeante, elle avance sur un chemin de crête, entre nues ombrées et plein soleil. Un grand et surtout « vrai » disque. Magistralement envoûtant.

Stephan Oliva Itinéraire imaginaire

Stephan Oliva, piano • Matthieu Donarier, saxophone soprano • Jean-Marc Foltz, clarinettes • Bruno Chevillon, contrebasse • Nicolas Larmignat, batterie

Avec le soutien de MFA

Sketch , 2004, SKE 333042

L'Echo de MFA