Franck Bergerot
Jazzman, n° 99, février 2004

À l'époque – 1988 –, Jean-Louis Chautemps voyait l’avenir du jazz, de la musique tout court, dans les machines. Elles semblent lui avoir soufflé les ruses et les roueries de ces arrangements intelligemment troussés et aujourd'hui, dans leur majorité, peu démodés. Elles lui inspirèrent au moins les accents les plus technoïdes de ce disque. Mais à quelques sources sonores près, non identifiables pour qui ne passe pas sa vie dans les catalogues de logiciels et de claviers Midi, la majeure partie de la musique est jouée par des musiciens en chair et en os. Des techniciens redoutables peu disposés à céder leur place : le trompettiste Kenny Wheeler, le tromboniste Denis Leloup, les bassistes Jannick Top ou Yves Torchinsky, les batteurs André Ceccarelli et François Verly. Le sulfureux « Sur and Sue Helen » étant un duo avec le pianiste Martial Solal dont l'objet thématique est exposé tardivement par trois trombones, Jean-Louis Chautemps finit le disque en duo avec François Verly, sur une espèce de calypso emprunté à Schumann (Robert, pas Maurice), histoire de montrer qu'il sait faire le Sonny Rollins. Ailleurs, compositeur capable d'accoucher ses comparses du meilleur et saxophoniste à mi-chemin entre Sonny et Stan (Getz, pas Laurel), il nous fait regretter ce dilettantisme amusé qui le tient éloigné de tout investissement musical. Des saxophonistes de cette trempe, on n'en tient pas tous les jours et lorsqu'il joue, il fait rarement semblant. Une réédition nécessaire.

Jean-Louis Chautemps « Chautemps »

Jean-Louis Chautemps, saxophones piccolo, soprano, alto, ténor et baryton, clarinette basse et contrebasse, piano électrique • Kenny Wheeler, trompette • Denis Leloup, trombone • Yannick Top, basse électrique • François Verly, percussions • André Ceccarelli, batterie • Yves Torchinsky, contrebasse • Martial Solal, piano

Production Jeanne de Mirbeck • Avec le soutien de MFA

Carlyne Music, 1988 • CARCD 14

L'Echo de MFA