|
Philippe
Deneuve Il m'est arrivé, au détour d'un rayon jazz, d'entendre quelques mères de famille respectables demander au vendeur, qui ne l'était pas moins, un peu de jazz pour accompagner le thé de cinq heures ou autres réunions entre amis. Pêle-mêle me reviennent les mots ambiance, fond sonore, calme. "Prenez ce disque, c'est ce qu'il vous faut." Et elles repartant avec On the Corner (Miles Davis) dans le Vuitton. J'en ai tellement rêvé. Avant d'écouter La Campagnie des musiques à ouïr, je croyais à tort être ouvert d'esprit. Ce trio, originaire de Normandie, composé d'un baryton, d'un alto et d'un percussionniste, sort des sentiers battus. Prêts à tout pour égayer les troupes, ils utilisent les ressources sonores d'une bassine, d'un arrosoir et de graviers, récupèrent reggae, funk et jazz qu'ils mixent, tordent, étirent, humilient parfois au nom d'une conception nouvelle de la musique : le jazz écolo. Tout est transformé et conditionné à leur guise. George Clinton découvre le pâté de tête et José Bové pratique le moonwalk. La présence d'Yvette Horner confirme une précision qui se précise au fil de l'écoute. Robert Desnos et Boris Vian sont relus en diagonale, les Cure prennent un crochet du gauche. On a trouvé à première vue de nouveaux anarchistes dans la planète jazz mais est-ce pour rejoindre la cohorte des artistes « différents par principe » ? Y a-t-il un sens derrière cette malicieuse chimie ? Je ne sais plus. Me voilà berné. Malgré tout, j'y vois des perles cachées : l'arrangement d'une ballade de Lennie Tristano par le subtil François Raulin mérite qu'on s'y attarde. On devine enfin chez ces jeunes chiens fous le lent mûrissement de qualités musicales certaines (Jouirons-nous ?). Puisque la parodie est permise, je terminerai sur cette facétie : « Enfin l'album de l'immaturité. » Nous remercions Jazz Magazine pour son aimable autorisation. Toute reproduction à partir de ce site, autre qu'à usage strictement personnel, est interdite sans accord préalable avec la revue. |
|
![]() |
La Campagnie des musiques à ouïr, Ouïrons-nous Rémi Sciuto, saxophone baryton, bassine, clavisongs a songs, child sing sound, scie, flûtute et nam ouissle, moumoutes, canards et lapins en 1 Denis Charolles,percutterie, voix, cris-cris, trombone, clairon, arrosoir, 4 strings non tuned guitar, gravies et dentelles, roulements habiles et moulin à vent Christophe Monniot, saxophones alto et sopranino, électrique bass, tuyaux et perlin-pin whistle, chants amoureux, paille à son et gapette Labelouïe, 2003, LBLCD001 |