Peut-on dire que vous vous situez dans une tradition de l'écriture orchestrale française (de Ravel à Dutilleux) ?
Si l'on considère que cela signifie de se situer dans une tradition de l'écriture orchestrale française, alors j'accepte cette idée d'une géographie sonore qui va de Debussy à Dusapin et Hersant en passant par Ravel. Bien d'autres ont également une sonorité "française", car ils composent des œuvres particulièrement colorées.
En fait, il conviendrait mieux de définir la singularité de chacun par le biais d'une analyse esthétique et des langages utilisés (musiques tonales, modales, sérielles, spectrales). Pour ma part, j'explore, depuis mon séjour à la Villa Medicis (1993-94), la voie d'une "modalité consonnante" qui se situe parfois au croisement de ces différentes techniques.

Le grand orchestre vous paraît-il encore un instrument approprié pour un jeune compositeur ?
Il suffirait de dénombrer le nombre de pièces composées pour grand orchestre depuis les 50 dernières années pour constater que ce médium continue d'inspirer les compositeurs du monde entier.
Cependant, il est clair que le monde symphonique, qui requiert une expérience importante, s'ouvre moins facilement aux jeunes compositeurs qui se tournent alors naturellement vers des ensembles plus petits à "géométries variables".
Je vis une situation inverse puisque l'essentiel de mon activité se situe depuis quelques années dans l'univers des orchestres symphoniques et pratiquement pas dans le milieu des ensembles...

Que pensez-vous des nouvelles technologies du son ?
Malgré le fait que je ne me sente pas particulièrement attiré par les nouvelles technologies, j'écoute les réalisations de ceux qui les utilisent et j'y trouve parfois un réel enchantement comme, par exemple, dans des œuvres de Maresz ou Hurel, ou chez des précurseurs importants comme Malec, Bayle et Parmeggiani.
Mais ce qui compte le plus, ce n'est pas la prouesse technique ou technologique, mais plutôt la force du langage et la signature du créateur. Vous présentez "Intrada" comme une ouverture vers un monde imaginaire...

L'œuvre d'art, telle que je la conçois, est à la fois un miroir du réel et la transfiguration de ce réel vers un monde imaginaire meilleur et pacifiste.
Il y a donc, dans mon travail de création, une interaction entre les événements du quotidien et une rêverie ininterrompue, qu'il s'agisse d'Intrada pour orchestre ou, par exemple, d'une pièce pour violon solo.

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Éric Tanguy et MFA

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